mercredi , 6 juillet 2022

Interview Pascal Zenou : « Je m’assume en tant que Chanteur, en tant qu’auteur-compositeur »

Auteur de son second album « Une Ombre pour Deux », Pascal Zenou sera en concert au Bascala le 13 mai. Rencontre avec un artiste au parcours hors du commun.

Pascal Zenou a publié fin mars son deuxième album solo après 25 ans de silence. Un retour au premier plan, après des collaborations en tant qu’auteur, compositeur ou musicien avec de nombreux artistes. Avec « Une Ombre pour Deux », le natif du quartier des Minimes à Toulouse nous délivre un opus sincère, délicat et élégant dans la lignée d’artistes comme Calogero. A découvrir forcément sur scène au Bascala.

En attendant, rencontre avec Pascal Zenou autour de son retour, de cet album, de la scène et surtout de la musique.

Fin mars, un retour avec un album et un showcase déjà au Bascala. Dans quel état d’esprit es tu après un long moment de silence musical ?

C’est une super énergie. On peut appeler ça une renaissance !  Voire un gros accouchement avec un album de 15 titres après presque deux ans d’écriture, de réalisation, d’enregistrements… Sortir tout ça en même temps que faire un showcase en avril dernier au Bascala sur une salle de 2000 personnes- réduite à 300 – en version pure, sans machines, avec Laurent ou encore Sebastien à la guitare et avec tous les musiciens qui ont participé à l’album. 

Cette première date était un tour de chauffe ?

C’est à la fois une grosse mise en place et un plaisir absolu avec un grand shoot d’adrénaline dans les jours qui ont précédé le 31 mars. L’album est enfin dans les magasins mais aussi sur les plateformes. Il ne m’appartient plus, il appartient au public. Là, je prépare la date du 13 mai. La période est géniale, il y a eu l’accouchement et maintenant on élève le bébé tranquillement. 

Flashback. A quel moment as-tu été happé par la musique ?

Tout jeune, j’ai eu envie d’entrer dans cet univers parce que j’avais des instruments qui se sont retrouvés chez mes parents. Du coup, vers 7/8 ans, je me suis retrouvé avec des guitares à la maison, et j’ai trouvé ça vraiment génial. Je me suis  mis à  jouer et à chanter, sans vraiment trop savoir, sans me dire il faut apprendre. J’ai appris tout seul, je chantais naturellement, je jouais naturellement. Et puis avec des potes du quartiers, on a monté un groupe. C’était l’époque où les groupes se montaient. Sauf que les mecs ne savaient pas forcément jouer, et donc j’apprenais à l’un à jouer de la guitare, à l’autre à jouer de la batterie. Donc on a monté un groupe. A l’époque, il n’y avait pas d’internet ni même de livre pour apprendre. On était obligé de faire ça seul. Ce fut l’époque où la basse est devenue mon instrument. Si en studio je joue de tout, sur scène, je reste derrière ma basse.

Quelles étaient les influences à cette époque ?

J’adorais Téléphone, j’adorais Bowie. J’aimais bien Bob Marley aussi, même si ça n’a pas grand-chose à voir, mais j’étais dans ces moods là, Téléphone, Marley et Bowie. C’étaient mes influences. 

Et aujourd’hui, les influences ont- elles changé  ? 

Aujourd’hui les influences ont changé, puisque avec les années je me suis mis à écouter beaucoup du français, à écrire du texte, donc forcément les influences ça a plutôt été des Cabrel, des Goldman, des Jonasz, des mecs qui écrivent des vrais textes, non pas que Téléphone n’avait pas de vrais textes, ce n’est pas ce que je veux dire, mais à cette époque là, il n’y avait que le Rock qui faisait le job. Aujourd’hui, ça s’est transformé un peu plus en Cabrel, Goldman et Jonasz, ils sont devenus mes références par la suite. 


D’ailleurs, en parlant d’écriture, comment se passe le processus créatif ?

Je suis un mélodiste avant tout. Je cherche, je rêve la mélodie, puis je prends une guitare ou un piano et je joue. Quand je trouve l’harmonie qui matche, jolie, intéressante, en général, la mélodie elle suit, et si ça me plaît et que ça me reste dans la tête au moins une heure après, c’est que je peux peut-être tirer la ficelle. Donc après je commence à tirer sur la mélodie, et au bout d’un moment j’ai une chanson, un couplet, un refrain et un pont, parce que j’aime souvent faire des ponts pour aller ailleurs. Et après vient l’écriture du texte. Le plus compliqué dans l’écriture du texte c’est d’avoir l’idée, de savoir de quoi je vais parler. Alors évidement quand tu écoutes l’album, « Petit » c’est une chanson assez perso comme « Te souviens-tu » mais après il y a des chansons totalement imaginées. Toutes mes chansons ont existé en « lalala ». Je suis le roi du « lalala » (rires). Ensuite une fois que c’est fait, il faut que je mette du texte et, comme le français est pas super facile à enchainer, c’est donc un processus assez long. 

 C’est une douleur l’écriture ? 

La musique c’est un bonheur absolu mais le texte c’est plus douloureux oui. Je reviens dessus longtemps, je suis un peu pénible là-dessus. 

S’investir émotionnellement doit être encore plus pénible ? 

Chaque chanson a une histoire mais il y en a qui ont plus d’histoire. « Te souviens-tu », je l’ai écrite pour ma maman qui est partie il y a un et demi. Je l’ai écrite pour elle quand elle était encore là. Elle n’était pas tout à fait pareille au niveau du texte, elle parle de perte de mémoire, de premier amour …quand elle est partie je n’ai pas réussi à mettre cette chanson dans l’album. Temporellement elle ne voulait plus dire grand-chose et j’étais incapable de la chanter. Et puis avec Jean-Jacques Goldman, que je vois une fois par an, on a évoqué mon album et mes chansons. Je lui expliquais mon hésitation sur cette chanson. Il a écouté, et m’a dit qu’il fallait absolument la rajouter à l’album :  « elle correspond à cette période là de ta vie, il faut que tu la mettes. Modifie des choses si tu veux, mais il faut que tu la mettes ». Et donc, sur ses conseils, j’ai modifié des choses et je l’ai rajoutée à l’album. 

Et comment travailles-tu ce genre de chanson sur scène ?

Je l’ai faite en show case devant 300 personnes sur la scène du Bascala avec guitare/voix, et quand je suis arrivé avec ma guitare acoustique en rappel et les deux autres guitaristes à côté, c’était super lourd en émotions. Pour un garçon, son premier amour c’est sa maman évidemment, et la chanson si tu l’écoutes, tu vas vite comprendre qu’elle est plus là donc elle a un double sens. Évidement que la fois où je l’ai chantée sur scène , il y a eu beaucoup d’émotions. Mais bizarrement, il y a eu plus d’émotions sur « Petit » que sur celle là. J’ai 3/4 chansons qui sont extrêmement persos et je ne vais pas dire que ce sont les plus faciles à interpréter mais ce sont celles où, forcement, on ne peut pas tricher.

19 97 : premier album, 2022 : deuxième album. Tu me vois venir avec ma question : qu’est-ce qui s’est passé entre les deux ? 

 Quand j’ai fait mon album, j’étais plus jeune et je baignais dans le monde musical Toulousain, je m’occupais du studio Deltour, je bossais avec Images, j’avais croisé Goldman etc…Donc j’étais vraiment dans ce monde-là. Je vais faire mon album, je vais faire mes chansons et on va voir. J’ai fait mes chansons, j’ai fait un 12 titres, et sur les 3 premiers rendez-vous, les 3 maisons de disques veulent me signer dont Warner. Et en réalité, j’ai eu ce que je voulais. C’est à dire que j’ai eu la reconnaissance du monde de la musique. J’ai fait mon album mais je ne l’ai pas vendu, je ne l’ai pas communiqué, je n’ai rien fait pour que ça fonctionne, pour la bonne et simple raison que j’ai eu peur. J’ai eu peur que ce ne soit pas ma vraie vie. C’est un peu compliqué à expliquer, même maintenant j’ai encore du mal. Je suis donc passé à autre chose, je suis rentré dans une vie normale. Mon entourage de l’époque m’a poussé à ne pas continuer aussi. Donc je me suis arrêté là. J’ai travaillé, j’ai fait mon business, tout en ayant toujours plein de studio, de guitare. J’ai fait des arrangements pour l’album d’Images, j’ai bossé pour Lavillier, j’ai fait plein de guitare, de basse etc j’ai écrit pour Thibaut Couturier, j’ai fait plein de choses.. et puis voilà c’est revenu. Car ça fait partie de moi et que j’en avais trop envie. 

Et ce retour date de quelle époque ?

Alors ça a pris quelques années puisque j’ai recommencé à jouer à fond il y a 4/5 ans, jusqu’à ce que je me dise qu’il fallait penser à écrire il y a deux ans. J’ai du mal, ça va être compliqué à expliquer ce qui s’est passé pendant ces 20 années, mais j’ai eu vraiment une validation il y a 20 ans. Après, au fond de moi, je me suis dit bon c’est cool, ça veut dire que j’ai du talent, ça veut dire que je suis bon, donc ça m’a valorisé. 

Et il fallait s’assumer avec un deuxième album ?

Là, j’assume qui je suis. Je m’assume en tant que chanteur, en tant qu’auteur compositeur. Maintenant c’est moi qui décide, il n’y a plus de monde autour de moi qui me dit « fais pas ça, fais pas ci ». Je m’assume en tant qu’artiste. On va dire que j’avais fait le choix de la raison il y a quelques années, et là maintenant je m’en fous. Je suis parti à fond. Et je n’ai pas fait les choses à moitié. Quand j’ai démarré l’album, j’ai démarré avec Christophe Deschamps à la batterie et le confinement est arrivé. J’avais fait 3 titres avec lui. Georges, une semaine avant en studio écoute mes chansons, me dit qu’il adore. Le confinement arrive et il m’appelle et me dit pourquoi on ne ferait pas tes morceaux à distance ? Et c’est comme ça que je me suis mis à bosser avec Laurent  notamment. On a a travaillé tous les 4 en confinement sur 8 titres de l’album. Je ne connaissais pas Laurent Faucheux ni Sebastien Chouard qui sont de super musiciens et qui sont devenus des copains parce qu’on a fait des lives ensemble, puis des scènes ensemble, et donc voilà c’est comme ça que ça à basculé sur cette formule. Ça a été un concours de circonstances. 

Et d’ailleurs, il y a d’autres dates dans les prochaines semaines et mois ? 

Alors le 13 Mai, il y a le Bascala où je suis sûr que ça va être super bien. À la rentrée, il y a une première partie qui se peaufine mais je ne sais pas encore si c’est validé ou pas. Après le 13 Mai je referai une salle comme le Bascala type Bikini mais seul cette fois. Genre 300 personnes et puis après je n’ai pas d’autres trucs donc on verra. 

La scène comme un moment clé ?

Maintenant, après avoir fait un album, j’ai le sentiment que, sur scène, je transcende les chansons. Quand je suis sur scène avec ma basse et que je chante mes chansons, effectivement je n’ai peur de rien. La scène c’est quand même mon plaisir absolu, ce n’est pas d’écouter mes chansons, l’album je ne l’écoute plus du tout. 

Pour finir, est-ce que tu continues d’écrire même dans une période comme celle-ci ?

Je me suis obligé à arrêter d’écrire. Sinon je ne m’arrête jamais. Quand je prends une guitare, si je joue dix minutes avec, je vais très probablement trouver une chanson. Donc si je fais ça, je ne m’en sors plus. Si je recommence à écrire, tout le process d’écriture etc je ne pourrais plus faire le reste donc non non , là je suis concentré sur la scène, sur la promo. Par contre je suis capable d’écrire beaucoup, je suis assez productif ! 

Réservez vos places pour la soirée du 13 mai sur https://spectacles.le-bascala.com/spectacles-a-venir-au-bascala/