lundi , 17 février 2020

Interview – The Inspector Cluzo, acoustique et authentique !

Le vendredi 14 février, The Inspector Cluzo présentera un concert exceptionnel au théâtre des Mazades. Rencontre avec groupe unique qui a débranché les grosses guitares pour livrer un sublime album Unplugged !

Après une tournée d’une centaine de dates, dont l’Amérique latine et surtout les Etats Unis en première partie de EELS ou de Clutch, les deux compères de The Inspector Cluzo, Mathieu Jourdain et Laurent Lacrouts, nous offrent un album unplugged enregistré en 4 jours à Nashville avec Vance Powell (The Raconteurs, Jack White…) aux manettes.Avec Brothers in ideals, on redécouvre des chansons sous leur meilleur jour. Un album aussi réussi que touchant par son authenticité et l’expression la plus pure du rock, du blues des Rockfarmers landais.

C’est donc en ce mois de février que les deux rockfarmers partent en tournée pour treize dates exceptionnelles. Une tournée acoustique avec plusieurs musiciens américains dans les bagages. Un moment unique pour redécouvrir le son des landais à la lumière des routes du Midwest américain. Rencontre avec Mathieu Jourdain de The Inspector Cluzo !

La tournée a débuté le 1er février pour 13 dates uniques en France. Comment vous sentez-vous avant cette aventure ?

 Très très bien ! On commence à peine, on est sur la route là vers la première date ( NDLR : Interview réalisée le 30 janvier 2020). Donc tout va bien !

C’est une nouvelle aventure pour vous.

Oui..  Nous sommes assez excités. On est content parce que là on vient de répéter un peu quand même avec les musiciens. D’habitude, en électrique, on est deux, mais en acoustique, comme on fait les choses bien, on passe à 5, avec violon, violoncelle, piano et percussions, guitare. Avant la tournée, on a répété chez nous à la ferme et ça sonne super bien. On est assez content et on a hâte d’une chose : tester ça sur scène.

Pour vous, être dans cette configuration scénique est une première ?
 On avait déjà fait une expérience à 5 mais c’était avec des cuivres. On avait des cuivres, percus et un clavier donc on était même 6, mais on avait fait ça juste pour les Transmusicales.

C’était un choix de faire une tournée courte ?

C’est surtout une question de planning. Nos musiciens américains ne sont pas disponibles tout le temps déjà ! Donc on a réussi à se trouver une période de 2 semaines où ils étaient disponibles. On fait 14 dates en 16 jours.

Cette tournée est l’aboutissement d’un projet mené depuis le dernier album. C’est le résultat d’une aventure ?

 Voila, sachant que le point de départ est un album acoustique qu’on a enregistré à Nashville et qui s’appelle Brothers in Ideals (sorti le 17 janvier 2020). On l’a enregistré à la fin de nos tournées américaines. L’année dernière, en 2019, on a fait les premières parties de Clutch et après on a enchaîné pas mal de dates en Amérique Latine dont  Lolla(paloozza) au Brésil, auChili.. On est revenus aux Etats Unis où on a fait les premières parties de Eels. A la fin de ces gros périples, il restait quelques jours au studio de notre ami et maintenant producteur Vance Powell qui nous a dit : « Ah beh les gars je pense que vous avez des choses à raconter, le studio est libre 4 jours si vous voulez » On y est allé et puis on a accouché d’un truc en acoustique, simple, sans se prendre la tête. Il reflète un peu ce périple qu’on a vécu à deux en voiture à traverser des contrées incroyables. Une traversée surtout du Middlewest. Là où cette musique, le rock’n roll, le blues, est née !

A l’écoute de l’album, on a des images de voitures, de plaines, …l’image du Midwest américain !

On s’était imprégné de ça. On a sorti quelque chose mais on ne savait pas trop ce qu’on allait en faire, si on allait le sortir ou pas. Et notre producteur et son assistant nous ont dit :  « Les gars, ça sonne bien vous devriez le sortir. De toute façon, vous avez votre propre label. Je vois pas pourquoi vous le feriez pas ». Du coup, on s’est fait plaisir.

Au départ, il n’y avait pas l’envie de faire un album Unplugged. Juste profiter d’avoir un studio pendant quatre jours ?

Exactement. On voulait réaliser cette expérience pour voir ce que ça allait donner mais sans prétention, sans arrières pensées. On ne savait pas. Et finalement ,on a trouvé que c’était vraiment la suite logique de cette tournée. On a eu de bons retours pour ceux qui l’ont écouté. On a finalement sauté le pas: « Allez on le sort ! » Et ça nous a donné raison avec la bonne résonance au près du public depuis sa sortie.

Un album à votre image : authentique. Il a été conçu dans cet été d’esprit ?

Merci, c’est gentil et du coup si vous saviez comment ça a été naturel et simple à accoucher. Pour faire ça, on a fait venir nos amis de Nashville, qui étaient là donc avec des arrangements, un peu de cordes, un peu de clavier, de piano ou même, alors on dit acoustique mais  il y a quand même un peu d’instrument . On s’est régalé à le faire et je pense que ça doit transparaître dans la musique. Et à l’écoute !

Parlons du cheminement d’un album acoustique. Il y a un précédent album d’abord composé de manière acoustique, puis vous lui ajoutez des arrangements électriques, puis vous revenez en arrière pour offrir une version acoustique. Il y a un cycle dans ce travail. C’est une démarche particulière ?

C’est exactement ça parce que, effectivement les chansons sont d’abord composées acoustiquement, soit guitare /voix quasiment sur toutes. Du coup, naturellement, on peut revenir après pour embellir le truc. On rajoute quelques contre-mélodies, des petits arrangement… Là, on doit avouer qu’on a été très imprégnés quand même de ce qu’on avait vécu : la tournée, les rencontres, les grands espaces.

J’allais en parler justement, en quoi les voyages influencent votre musique ? Est-ce qu’on compose pareil en Amérique latine, dans les Landes, en Amérique, ou tout est différent ?

Justement oui. Tout est différent. Mais tout vient nourrir, en fait, sans qu’on ne s’en rende compte, la création. Nos expériences ressortent d’une manière ou d’une autre. Donc je dirais quelqu’un qui va vivre que des expériences en Amérique du sud il va sortir un truc orienté avec ses expériences là . Nous l’avons vécu sur « Rockfarmers », notre album encore précédent. On l’avait composé un peu partout : un bout au Japon, un bout en Tchéquie, un bout en Belgique, un bout à la ferme et ça s’en ressent un peu dans l’éclectisme. Alors que « We the people » il a été plus lié à la terre et nos expériences de terre.  Et celui là, à nos expériences très orientées quand même vers les Etats-Unis.

Donc si on écoute bien, on arrive à voyager avec vous, à savoir où vous êtes partis et quelles odeurs on a des pays traversés ?

 Voilà. Bon c’est pas facile mais bon… Faut laisser son imagination faire son truc. Mais pourquoi pas effectivement.

 Est-ce qu’il y a des pays qui vous bloquent ?

Alors, bloquer non, mais c’est vrai qu’on a pas envie, par exemple, d’aller composer en Hollande ou je sais pas, dans des pays disons trop « regular ». Même si après on va jouer partout ! Par exemple les pays Anglo-saxons du nord, je ne parle pas de l’Angleterre, style Allemagne, etc.. c’est très « regular » pour notre musique et pour nous aider à composer. Ou alors on n’a pas réussi à rentrer dans les trucs authentiques qui nous ont fait vibrer.  On a besoin de vivre quelque chose d’authentique. On ressent plus l’envie d’aller partager des choses en Amérique du sud ou en Afrique du sud,  en Asie, au Japon et bien entendu aux Etats-Unis. On a plus envie de ça effectivement, que d’aller se terrer au fin fond de l’Allemagne pour écrire des choses.

 En même temps, vous faites une musique aux racines américaines. D’ailleurs, comment le public amérciain perçoit ce petit groupe Français qui arrive, qui fait une musique de chez eux et qui la fait plutôt bien ?

Justement, on a les codes. On leur sert les codes pour qu’ils puissent ouvrir la barrière et aller se plonger dans notre musique. Le code ? C’est le gros rock’n roll où il faut se donner à fond. Il faut envoyer ! Quand vous faites ça ils disent « Hey you guys rock ». Après ils vont se plonger dedans et là ils s’aperçoivent qu’en fait on a une manière qui est très «  Européenne » de composer. C’est à dire qu’on a les fondamentaux avec un truc différent. On a les textes en Américain. On les a travaillé vraiment en Américain. C’est à dire avec le placement des mots spécialement pour qu’ils ne sonnent pas du tout Anglais mais vraiment orientés Américain. On a un ami Américain qui vit dans les Landes avec qui on travaille justement ça. Pour l’intonation et le reste, c’est hyper important. Et donc, après il y a le côté rock. Ils s’ouvrent, ils écoutent les paroles et ils remarquent les petites touches un peu Européennes. Comme par exemple passer avec des cassures dans les titres, passer sur des ponts un peu bizarres, pour eux. Du coup, ils adorent parce que ça leur fait vraiment un changement que les Américains ne se permettent pas.

Le retour est excellent..

On a un super retour. Ils  apprécient le côté exotique. C’est original pour eux. Ils disent qu’on a un « unique sound ».

 Vous avez travaillé avec Vance Powell ( producteur de Jack White, The Raconteurs…)sur cet album encore une fois, qu’est-ce qu’il apporte à votre musique ?

Déjà, il colle le son terrible, un son qui nous sied bien et c’est ce qu’on recherche en fait. Il nous met en confiance. Il nous dit d‘ailleurs : «  I’m here to take the best version of yourself ».Donc il nous met à l’aise. Il nous met dans des conditions très, très confortables et après il nous aide à faire des choix. C’est nécessaire car on n’a pas  le recul. Lui, il tranche, il dit « non » on va faire ça plutôt car c’est mieux. Il nous apporte tout ça. C’est un producteur qui n’est pas très intrusif , c’est à dire qu’ il ne va pas vous faire tout chambouler. Il a son « Son », qu’on reconnaît parmi 10 000, mais il ne nous dérange pas dans notre composition.

Plus de 10 ans de carrière, 65 pays, 1000 dates, si on vous avait dit ça il y a 10 ans, vous auriez dit quoi ?

On aurait pas pu l’envisager… Surtout quand on a commencé, on finissait une aventure avec nos anciens groupes. Avec Laurent, on voulait continuer à faire de la musique parce qu’on avait vécu quand même de bonnes choses. Donc l’idée du duo est née. Parce que les groupes à 8 c’était chiant pour se réunir, pour les répets et tout. On est donc parti à deux. Et on a fait une démo qui a bien accroché, ça a plu. Puis cette démo a atterri au Japon dans un label indé. Ils ont signé notre premier album, ils l’ont sorti et tout a commencé. On a fait des concerts, rencontré des gens… Ces premiers concerts ont appelé d’autres concerts et puis ça s’est enchaîné. Mais on avait pas pensé à ça au début. Quelle aventure !

Y a pleins de dates, on en oublie forcément, mais lesquelles restent dans vos cœurs  ?

 Oui, les souvenirs sont là. La première au Japon au  QG Rock , celle là elle sera marquée à jamais. Enfin ce n’était pas LA première date. Notre première date, c’était à Glasgow en première partie. C’était notre première date donc on était les puceaux du truc, on était pas aussi à l’aise. On avait déjà quand même de l’expérience de la scène. Et après, on se rappellera de certains festivals, en Afrique du sud par exemple au milieu du bush, ou même les Eurockéennes en 2016, ou les Vielles Charrues la première fois qu’on y a joué, ou même la Cigale. A la Cigale, des gamins  sont venus en première partie. On a travaillé avec un collège avec des classes de musique aménagées. Ils sont venus reprendre nos chansons en première partie. Des moments comme ça  restent gravés. On ne se rappelle pas de toutes, toutes les dates, mais on se rappelle quand même des dates marquantes.

Vous avez fait 36 concerts en 39 jours . Cela doit être épuisant. Est-ce qu’on a toujours le même plaisir au dernier concert qu’au premier ?

Oui quand même, parce que c’est toujours différent. Il y a toujours des choses différentes d’une date à une autre. Et on joue sans ordinateur, sans truc… on laisse  aussi le temps à notre musique d’évoluer et c’est ce qu’elle fait. Consciemment ou inconsciemment. On prend du plaisir tout le temps. Même si on est content à la fin, j’avoue, de la 32e date, que ce soit terminé. Faut avouer qu’on est content de se dire qu’on va faire une petite pause, car c’est quand même un peu crevant .

Comment s’en sort-on ?
Justement, comme on est fermiers aussi et qu’on partage notre temps entre la musique et la ferme, on se régénère comme ça. Parce que là je sais pas ce que ça doit faire d’être en concert tout le temps. On est toujours content soit de revenir à la ferme soit de revenir en tournée.

Qu’est-ce que vous ressentez quand vous jouez de la musique ?
Qu’est-ce qu’on ressent ? C’est une bonne question. Du bonheur et un plaisir de partager avec les gens, parce que c’est avant tout ça, : c’est un partage avec les gens qui sont venus écouter et voir. Et un partage d’énergies. Donc il y a un espèce de flot d’énergies qui passe des gens à nous. Ça crée un espèce de tourbillon et quand ça se passe super bien, alors là, on monte tous au lustre.

Comment savez- vous qu’une chanson est terminée ?

On ne sait jamais. Elle est jamais terminée, on est toujours dans la recherche ou dans l’évolution, donc on ne sait jamais quand c’est terminé. Alors on la bloque quand on va en studio l’enregistrer. En tout cas on se fixe une version de cette chanson à un moment donné. Sauf qu’après qu’on l’ait jouée en concert, on la réarrange, on se la réapproprie, on la change. En fait, une chanson n’est jamais finie. Elle évolue toujours avec le temps. Une chanson n’est pas figée, n’est pas fixée dans le temps. Elle évolue avec l’expérience et les moments.

 Qu’est-ce qu’il y a d’Américain en vous ?
C’est notre envie et notre soif de liberté et de liberté d’entreprendre et faire les choses. Ça c’est notre côté Américain.

Et votre côté Landais dans votre musique ?
 Notre côté Landais c’est qu’on vit dans une ferme de 300 ans en Gascogne et on élève des oies et … Je ne sais pas dire concrètement. On a quand même toujours notre petit côté Gascon sur scène, dans l’humour par exemple qu’il y a sur la scène , des trucs comme ça. Mais notre musique elle vient effectivement des Etats-Unis.

Juste après ce sera une petite pause ou vous repartez sur les routes à deux ?

 Alors juste après ça, on continue. On part en Angleterre , à deux, en électrique. Et après on a une petite pause, on va en profiter pour faire de la ferme, composer et tout ça. Puis on repartira sur les festivals cet été.