samedi , 25 mai 2024

Interview – 2TH : « En studio, je crée et en concert, je transmets »

2TH signe son retour avec l’excellent EP « Union » qu’il présentera au Connexion Live Toulouse ce vendredi 26 mai. Rencontre.

Cette année, Les Curiosités propose aux festivaliers les plus motivés de s’échauffer avec la soirée WarmUp. Dans le Line Up de cette date, ce vendredi, un nom ressort fort : 2TH. Derrière ce pseudo, un rappeur navigant entre rap conscient, électro et House. Un rappeur au succès fulgurant avec « Ne Fuis Pas » en 2019, puis une pause de deux avant un retour cette année avec l’EP « Union ». Une vraie éclaircie optimiste dans la musique de 2TH.

Son passage à Toulouse est l’occasion d’évoquer son parcours mais aussi son dernier EP.

Ce vendredi, tu seras sur la scène du Connexion Live à Toulouse dans le cadre du Warm Up du Weekend des Curiosités. Dans quel état d’esprit es-tu ?

Super, en vrai on a pas mal enchaîné ces derniers temps donc ça fait plaisir d’être sur un rythme comme ça, et puis Toulouse est une ville que j’adore. On a énormément joué là-bas donc moi ça me fait trop plaisir.

Que représente la scène pour toi ?

La scène c’est hyper important. J’ai mis très longtemps à faire de la scène parce que j’étais en études quand tout a commencé, ça a mis du temps.  J’avais pas du tout cet attrait-là. Ma carrière a commencé en « ligne », donc ce n’est pas le premier truc par lequel je suis passé.  Il a fallu du temps : j’ai fait mes premières scènes un an après avoir commencé à faire de la musique. Mais le plaisir a été direct, puisqu’il y avait des gens qui étaient là au rendez-vous. Ça a été plutôt fort dès le début et pour moi c’est vraiment un moyen de transmettre mes émotions aux gens, ce que je fais passer dans ma musique, de voir les gens me raconter leur histoire des semaines après, me raconter pourquoi mes musiques les accompagnent, pourquoi ils kiffent, pourquoi ils me suivent et tout, et c’est vraiment ça qui me touche le plus je pense. En fait ça rend ce que je fais réel tout simplement.

As-tu une préférence entre la scène et le studio ? Ou ce sont deux aventures différentes ?

Oui pour moi ce sont vraiment deux aventures différentes. En studio, je crée et en concert, je transmets.

« Un jeune qui se pose plein de questions »

On va revenir un peu sur ton parcours. Comment décrirais-tu ta musique ?

C’est toujours difficile à décrire… en vrai, je dirais que musicalement c’est un mélange de RAP électro house. Il y a des inspirations urbaines : je considère que je fais du RAP sur de l’électro. Et ensuite, dans la vibe, je pense que c’est un mélange de bromance, d’un jeune qui se pose plein de questions, qui raconte sa vie, ses soirées, ses potes et ses histoires d’amour.

D’ailleurs la musique est apparue quand dans ta vie ? C’est quelque chose qui était là depuis tout petit ou c’est un déclic plus tardif ?

C’est un peu arrivé par hasard honnêtement, je ne connaissais pas du tout ce milieu-là et j’ai jamais réellement rêvé quand j’étais jeune d’être rappeur, d’être artiste, vraiment je n’étais pas du tout amené à ça. Dans ma famille, j’ai pas grand monde avec un attrait pour la musique . Enfin, ma grand-mère jouait du piano, mais à part ça il n’y a pas vraiment d’exemples qui m’ont amené à ça. C’est arrivé plutôt tard dans ma vie en fait.

 Et à quel moment tu en fait ton métier ?

C’est en 2018. Après c’était assez étrange parce que tout arrive très vite, mais je suis pas pro à une ampleur complètement démesurée. Tout se passe la semaine du bac. Je suis en révision, j’ai déjà fait mes choix pour mon avenir. Je suis déjà accepté dans un truc, je continue mes études et je ne peux pas dire non et en même temps je suis trop content, mais pour moi ce n’est pas fiable. Là, j’ai un son qui marche trop bien mais derrière tout est éphémère. Il faut construire, se créer une vraie identité, s’imposer comme un vrai artiste, faire des concerts et tout ça c’est beaucoup de travail, et donc oui, j’ai continué les études en parallèle, et ensuite je me suis lancé à fond.

On va parler maintenant de ton écriture : Comment se passe le processus créatif ? Que te vient en premier entre les textes et les thématiques ?

Ça dépend complètement honnêtement. Soit ça passe dès le début par l’écriture soit après c’est des Prods sur lesquelles je suis inspiré, des mélodies qui viennent, des trucs, donc en fait ça dépend vraiment. J’aime à dire que c’est un peu incompréhensible, même moi quand j’écris, je ne me comprends pas. Il y a un côté un peu aussi transcendance sans faire le foufou : j’écris des trucs puis je me retourne et je me dis « mais pourquoi j’ai écrit ça » et je ne le comprends qu’après. Souvent ça s’inspire de ma vie et de mes potes, de ce qu’on me raconte, des sentiments que j’ai, des émotions …

On va parler du dernier projet « Union » que tu as sorti il y a quelques semaines, tu expliques les raisons de ce nouvel EP dans le titre « J’ai des ». Est-ce qu’il y a eu des doutes entre tes deux derniers projets ?

Oui pas mal. Après il faut savoir que je sors « Espoir » et y’a eu le Covid qui arrive direct derrière. C’est plutôt compliqué parce que la scène, voilà, c’est fini pendant je sais pas combien de temps et puis ça a été très dur d’exister pendant le Covid. On s’est tous retrouvé confiné, etc. Moi je me suis vraiment recentré complet avec ma famille et ça m’a fait trop du bien, mais j’étais un peu parti dans un rythme avec des concerts, des projets parce que «Espoir » avait été vraiment un gros projet avec 22 titres, deux volumes, on s’était vraiment tué à la tâche… et d’un coup confinement.  Ça m’a vraiment mis un coup, et pendant les deux dernières années je me suis vraiment posé la question de « est-ce que je continue ? »,  « est-ce que c’est vraiment c’est ça que je veux faire dans ma vie ? » j’ai vraiment cette question en moi, et je pense que je l’aurai toujours, « est-ce que je veux avoir cette vie d’artiste, cette vie où on fait ce que la majorité des gens ne font pas ? »… c’est toujours angoissant et c’est une question que je me posais quand j’étais jeune. Du coup derrière, j’ai aussi réorganisé toute l’équipe qui m’entourait, j’ai rencontré plein de nouveaux partenaires. Petit à petit pendant deux ans, j’ai un peu tout reconstruit et finalement j’ai trouvé les réponses à mes questions et j’ai écrit ce nouveau projet et tout ce qu’il y a derrière, toute la suite qui arrive derrière et qui est plutôt cool donc ça fait plaisir.

« finalement j’ai trouvé les réponses à mes questions et j’ai écrit ce nouveau projet »

D’ailleurs en écoutant « Union », je le trouve très optimiste, très lumineux. Tu l’as conçu comme ça aussi ? C’est quelque chose que tu recherches actuellement ?

Bien vu ! Quand j’ai écrit ce projet, vraiment je te dis je réalise que j’écris toujours un an, deux ans après et en fait quand j’ai commencé un peu à écrire « Union » je réécoutais « Espoir », et je me rappelais ce que ma grand-mère m’avait dit  à l’écoute : « mais c’est triste ce que tu as écrit ».   Ça fait toujours un petit coup quand t’as la grand-mère qui dit ça en mode c’est triste, en mode on dirait que tu vas te suicider. C’est vrai qu’« Espoir » est très très triste. Je ne suis pas de nature pessimiste. Sur « Union » j’ai eu envie d’avoir un truc plus lumineux, plus optimiste et c’est un peu la réponse à « Espoir ». Dans « Espoir » je suis plus en mode : « Est-ce qu’il reste de l’espoir ? » « Quelle est la réponse à tout ça ? », « Est-ce qu’on va s’en sortir ? » etc…. « Union », c’était  la réponse. Avec les autres, en communauté, en construisant, en regardant ensemble, on peut s’en sortir !

Tu dis aussi que l’album est prêt, il est prévu pour quand ?

Il est pas prêt à être annoncé encore. On ne dit rien pour l’instant.

« Avec les autres, en communauté, en construisant, en regardant ensemble, on peut s’en sortir ! »

Ton écriture est plus lumineuse, comment juges-tu ton évolution ?

J’ai toujours du mal à juger mon écriture, honnêtement, avoir du recul. J’ai le sentiment d’avoir une écriture plus apaisée. Je suis moins dans les fast flows, dans la volonté technique et en fait c’était un peu le délire au début à l’époque quand moi j’ai commencé à rapper, le but c’était d’être le plus technique possible et en grandissant je sais pas j’ai vraiment eu cette envie de me dire « Mec, privilégie pas forcément la rime, privilégie pas forcément la vitesse ou la technique, mais essaie d’avoir un maximum de sens dans ce que tu racontes ». C’est vraiment un gros travail quand tu écris. Tu peux vraiment départager les rappeurs comme ça quand tu les écoutes vraiment, j’aime trop faire ça c’est assez intéressant et donc, non, l’idée c’est que je commence à être beaucoup plus porté sur le sens et donc je pense que ça amène quelque chose de plus mature j’ai envie de dire parce que c’est vraiment le mot classique, mais de plus réfléchi aussi je pense. Plus tourner dans le sens de ce que je veux raconter plutôt que dans la forme.

Ne plus être dans la démo…

Oui, moins dans la performance et dans le « je veux montrer que je sais rapper » quoi.

D’ailleurs, tu écoutes quoi actuellement ? Des sons te parlent ?

En ce moment, je me refais Casino de Disiz. J’aime beaucoup Disiz. Je l’avais vu en concert j’avais trop aimé, j’avais trop aimé son univers. C’est sorti y’a longtemps mais en ce moment je sais pas, je me refais ça, j’aime bien. Tout ce qu’il a fait, et puis même sa longévité dans le rap c’est quand même ouf, il a fait des projets différents, je trouve ça trop stylé aussi de mettre en lumière ses producteurs, et puis le label qu’il a monté tout ça c’est ultra inspirant, je trouve cet artiste vraiment super inspirant. Moi aussi j’ai monté un label, on produit d’autres artistes et tout donc ouais c’est vraiment un bel exemple pour moi.

Quelle est la suite ? Des festivals peut-être cet été ?

Oui c’est ça, on fait Lollapalooza cet été à Paris donc ça va être vraiment coo,l c’est un bon festival. Ça fait vraiment plaisir d’aller là-bas. On a quelques festivals à la rentrée, on va aller en Allemagne et Düsseldorf, à Liège… Je fais la Cigale aussi à Paris qui est une grosse grosse date en septembre, c’est assez ouf elle est déjà remplie à moitié alors qu’on est à quatre mois de l’événement donc ça fait chaud au cœur et voilà. Et ensuite je n’en dis pas plus, mais y’a pas mal de sorties qui arrivent dans les mois qui viennent.

Crédit photo : VictorMarcadé (CP)

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