samedi , 24 juillet 2021

Interview. Viktor Vincent, conteur d’histoires

Le mentalisme Viktor Vincent présentera son spectacle au Château de la Garrigue à Villemur sur Tarn, près de Toulouse, ce mercredi 7 juillet. Entretien avec un « raconteur » d’histoires !



De passage du côté de Toulouse, au Château de la Garrigue ce mercredi 7 juillet, quel est votre état d’esprit en cette période de retour sur scène ?

Je suis excité et inquiet. Inquiet car à la base je me demandais dans quelles conditions ça allait se faire etc . La première question c’est d’abord est-ce que le public sera là ? Et puis après, est-ce que tous ces protocoles ne vont pas gêner un peu le spectacle ? Alors j’ai déjà joué plusieurs fois et la bonne surprise c’est que non, les protocoles n’empêchent absolument pas de profiter du spectacle. Je vais jouer avec une jauge de 100% aussi, et j’en suis très heureux. 

D’ailleurs, ce mercredi, c’est un spectacle en plein air. Est-ce qu’on s’adapte dans un cas de figure tel que celui-ci ?

Effectivement c’est intéressant parce que ça permet de sortir le spectacle. Le spectacle va être adapté. A l’origine, il ne se fait pas en plein air, ce n’est pas du tout cette ambiance là. Il va s’intégrer à une ambiance autour du Château car il y a des animations avant et après pour le public.  Le fait d’offrir des saveurs inédites aux spectateurs où le spectacle commence dès leur arrivée. J’aime bien cette configuration. 

Je n’ai jamais autant travaillé qu’en 2022

L’année 2020 a été difficile pour tout le monde, est-ce que ça a permis de créer aussi pour vous ? 

Ah oui, oui, tout à fait. Je suis parti sur plusieurs choses. J’ai écrit un roman, j’ai réalisé un moyen métrage, j’ai plein de nouveaux projets en tête, j’ai même l’ébauche d’un nouveau spectacle. Alors ça ne sera pas pour tout de suite, ça c’est sûr, parce que mon spectacle à commencé en Octobre 2019 et puis en 2020 il ne s’est rien passé… 

 Il a eu une petite vie pour l’instant …

 Il est très très jeune, mais disons que oui voilà le fait d’être confiné, d’être dans une période d’inactivité ça laisse, pour le coup, beaucoup plus de temps et en fait je crois que je n’ai jamais autant travaillé qu’en 2020.

Et pour ce spectacle, avez-vous rajoutées des choses par rapport à 2019 ? 

Oui, bien sûr. Le spectacle a été créé aux pieds de la Tour Eiffel en Octobre 2019, je l’ai joué 90 fois quasiment dans ce théâtre tous les soirs. Il y a toujours des ajustements qui sont faits . Ce confinement m’a fait prendre du recul sur le spectacle pour pouvoir reprendre aussi certaines choses sereinement. Ce sont vraiment des changements imperceptibles, ce ne sont pas des gros bouleversements. Mais les spectacles évoluent toujours parce qu’on apprend toujours sur ce qu’on fait et parce que l’évolution c’est la vie. 

Pour les Toulousains qui vont venir vous voir, quelle est l’histoire du spectacle ? 

Il y a une très grande place pour la narration, elle est très riche, très complète. Je veux pas tout raconter pour tout spoiler, mais disons que je parle de personnes qui présentent des performances mentales complètement folles en 1927, fin des années 20 à New York. Puisque c’est la version plein air, vous n’aurez pas le même décorum. Il sera différent. Disons qu’on part un peu sur les traces de performeurs mentaux qui exerçaient dans le New-York des années 30 avec tout ce que cela implique. 

je veux du suspens , qu’il y ait de la tension, qu’on espère, qu’il y ait du récit, qu’il y ait des ambiances, qu’on s’amuse

 Lors de sa création, on pense d’abord aux contours, à l’histoire ? Ou aux différents tours ? 

Je pars toujours de l’histoire. C’est-à-dire qu’il y a des choses que j’ai envie de raconter et je pars de ce que j’ai envie de raconter en général. J’aime les ambiances, j’aime voyager dans le temps, j’ai une fascination pour le passé comme beaucoup. Là c’est le spectacle le plus récent parce que d’habitude je m’arrête un peu plus loin dans le passé. Je pense d’abord à l’ambiance, aux décors, aux personnages, Chaplin, Hitchcock, la prohibition enfin tout ce qui se passe et d’un seul coup ça me crée beaucoup d’images. Les performeurs m’ont donné envie de faire ce métier là parce que ça m’a tellement fait rêver, tellement fasciné que ça a nourri en moi mon envie de faire tout ça. Donc je pars toujours de l’histoire et puis après je vois ce que je fais. Il faut que ça raconte quelque chose, que ce soit pertinent et qu’on puisse les mettre dans un ordre précis aussi. Si deux expériences sont interchangeables ça veut dire qu’ elles ne sont pas nécessaires. C’est pour ça que des changements dans le spectacle il y en a très peu. 

Quel est le retour du public à votre spectacle ?

 Moi ce qui me plaît c’est de voir que les gens sortant du spectacle différemment que lorsqu’ils sont rentrés. Et il y a beaucoup de gens qui viennent voir le spectacle et qui accompagnent juste quelqu’un. Ils ne sont pas forcément fan de mentalisme, d’illusions ou de choses comme ça. Mon travail c’est de rassembler tous ces gens là  et de faire en sorte de les surprendre.  Comme je fais ce spectacle un peu comme un film, je veux qu’on passe par toutes les émotions possibles, je ne veux pas qu’on s’ennuie évidemment, je veux du suspens , qu’il y ait de la tension, qu’on espère, qu’il y ait du récit, qu’il y ait des ambiances, qu’on s’amuse aussi.  De l’émotion ! 

C’est un spectacle qui se joue aussi avec le public ? Quelle relation a-t-il lors de sa participation ?

Le public réagit toujours différemment. Le public ne me met pas en difficulté, parce qu’il ne cherche pas à me mettre en difficulté et moi je ne cherche pas à le mettre en difficulté. Tout le monde a envie que ça fonctionne donc on est dans un rapport extrêmement sain et bienveillant. Toutes les personnes que j’invite sur scène, c’est comme si je les invitais chez moi, et quand on invite des gens chez soi, on a envie qu’ils se sentent bien. Qu’ils en gardent un bon souvenir. ! Je m’attelle à faire en sorte de laisser un bon souvenir à toutes les personnes que je fais monter sur scène. 

Le mentalisme est quelque chose qui vous demande 100 % d’énergie, il faut être focus pendant tout le spectacle. Comment se prépare-t on physiquement et mentalement ? 

Je vais vous avouer que mentalement je n’ai pas grand-chose à faire. Je suis tellement enthousiaste à faire tout ça que mes réflexes embarquent le tout, l’adrénaline, l’envie, l’excitation, ça prend le pas sur tout donc je n’ai pas de préparation plus que ça. Après je suis assez sportif.  Plus j’avance dans le sport et mieux je me sens sur scène. Mais c’est tellement de plaisir tout ça, je m’y sens tellement bien maintenant. j’ai toujours un peu peur avant d’aller sur scène, c’est normal, mais en quelques secondes, d’un seul coup, ça disparaît. J’ai même joué avec un ulcère sur scène, longuement. On ne me l’avait pas diagnostiqué parce que je jouais tous les soirs et ça n’allait pas très bien, mais à chaque fois que je montais sur scène, ça allait très bien donc je me suis dit que ça devait être dans la tête tout ça et en fait c’était un ulcère. J’ai quand même dû annuler 5 représentations en Décembre 2019 à cause de ça, ça commençait à être très sévère. Mais il y a une magie qui passe et ça marche bien. 

Pour le public, on vous connait aussi pour des tours à la télévision. Est-ce qu’on travaille différemment ? 

C’est complètement différent. En général, pour la télévision, il y a plein de choses à gérer. Il y a d’abord la personne avec qui ont fait les expériences, donc souvent les invités, on a un animateur aussi. Moi j’ai de la chance avec Arthur, il est d’une bienveillance et d’une gentillesse complète donc ça se passe toujours très bien. Il y a le public, et après il y a les téléspectateurs qui sont derrière les caméras. Donc heureusement je ne fais pas disparaître d’éléphants ou ce genre de magie, je n’ai rien à cacher donc ce n’est pas grave. C’est excitant car on tente des choses pour la première fois. En plus,  il y a du répondant avec les invités, qui eux ont l’habitude des caméras par rapport à un public plus classique… ils sont, disons,  moins contrôlables. Mais c’est aussi amusant et puis moi ce que j’aime avec la télévision c’est de faire des expériences avec des gens que j’admire par ailleurs, il y a un petit côté rencontre. Lire les pensées de quelqu’un qu’on aime bien c’est toujours agréable. 

Je raconte juste des histoires !

La suite ,ce sera le spectacle,  une tournée, mais pas seulement  ? 

Alors oui, là il y a une très grosse tournée, on est à plus de 100 dates cette année. Le Casino de Paris du 28 au 31 Décembre, et puis de reprendre à la télévision comme d’habitude dès la rentrée avec des nouvelles surprises, des nouvelles choses qui vont arriver, des retours dans des émissions habituelles et puis surtout c’est une très grosse année en terme de tournée donc voilà. Je vais aussi partir en festival pour présenter mon moyen métrage et puis on va essayer de trouver du temps pour faire tout ça. 

Avec un moyen métrage c’est l’envie aussi de faire du cinéma, partir sur du long ? 

Oui je suis un illusionniste complet c’est-à-dire que j’adore ça. La création me plait que ce soir pour la scène que pour un film. J’aime créer l’illusion. C’est le même métier. Vous savez, j’ai beaucoup travaillé sur le thème de Méliès, sur son histoire etc, c’était d’ailleurs un des personnages centraux de mon ancien spectacle, et tout ça me semble très familier en fait. 

Avec le cinéma, il y a donc une continuité ?
Tout à fait. J’ai fait une école de cinéma il y a 17 ans parce que c’était mon ambition première, raconter des histoires, les mettre en scène. Aujourd’hui je le fais sur scène. J’ai repris les tournages parce que je veux me remettre à la fiction, mais pour moi tout est logique. Ca a toujours été là , je n’ai pas l’impression de faire autre chose. Les films je les fait comme des spectacles, les spectacles je les monte comme des films, comme des expériences et des tours de magie. Je raconte juste des histoires !

Pour aller plus loin : Toulouse. Cet été, les 3T de retour au Château de la Garrigue