mercredi , 18 octobre 2017
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Interview : Superpoze, l’art du basculement !

Deux ans après Opening, Superpoze est de retour avec « For We The Living ». Une oeuvre remarquable, homogène et ouverte. A l’occasion de son passage au Metronum ce jeudi 9 mars, rencontre avec Gabriel.

En deux albums, Superpoze construit une oeuvre cohérente musicalement. Après le très personnel et touchant « Opening », qui lui a ouvert de nombreuses portes, Gabriel – l’homme derrière Superpoze- revient avec un disque sur la rupture, le basculement, le temps et l’espace. « For We The Living » s’installe déjà comme l’un des plus beaux albums de ce début d’année. De passage à Toulouse, il nous était impossible de ne pas discuter avec le petit prodige. Rencontre.

Il s’est passé pas mal de choses pour toi entre les deux albums. Tournée, collaborations, productions, musique de film pour France 2, comment vas-tu ?
J’ai très bien vécu tout cela. Les projets se sont multipliés comme je le souhaitais. J’ai toujours essayé de ne pas être uniquement Superpoze, j’étais surtout Gabriel. J’ai toujours pensé ma musique en termes de composition aussi bien pour une BO que pour de la production. Mon premier album, Opening, a été un tournant. Il m’a ouvert les portes de l’image et de la production. Il a permis de m’ouvrir à d’autres styles que mes sons des débuts.

Puis un second album sorti il y a 15 jours, le très beau For We The Living.
C’est un album que j’ai fait dans la foulée d’Opening. C’est pour moi, dans mon esprit, une suite. Je n’ai pas séparé cette période. Là, j’ai beaucoup de dates partout mais cela reste dans la continuité de la tournée d’Opening. La même route !

Continues-tu donc de modifier tes morceaux de live en live comme pour Opening ?
J’utilise le même principe de live avec plus d’instruments. C’est la suite. Je suis dans la continuité de mon précédent album dans ma façon de faire.

Lors de notre précédente rencontre, tu m’as dit : « un album n’est jamais terminé. Tu ne termines pas un album, tu l’abandonnes. Celui là, je l’abandonnerais quand j’aurai atteint certaines choses, en attendant je le modifie tous les soirs ». Ça y est, Opening est abandonné ?
On l’abandonne pour qu’il sorte, c’est dans ce sens-là aussi que je le vois. Dans notre esprit, le commencement se situe avant les morceaux et il continue de vivre même après sa sortie. Il vit en live. Mais pour Opening, je ne l’ai pas abandonné. Il n’est pas encore derrière moi, je continue de le jouer sur scène .

Comment est née l’idée de ton nouvel album ?
Au début, je n’avais pas d’autre idée que le concept. Opening était très introspectif, très personnel. Un album solitaire et calme. Je me suis posé la question de savoir pourquoi j’ai fait ça ? Je voulais conceptualiser ce calme. Donc j’ai décidé de composer autrement. Sur Opening, je partais du piano pour composer. Là, j’ai séparé la composition. J’étais dans une maison dans le sud de la France, près de Dax, avec deux pièces dédiées. Dans la première, il y avait le piano pour un son plus calme plus introspectif, dans la seconde, j’y ai mis les instruments synthétiques. J’ai fait le basculement entre les deux pièces. L’album est au final représentatif de cette façon de faire. Il est scindé en deux. Les 3 / 4 premiers morceaux sont très électroniques, puis vient l’apaisement. Je crée ainsi un basculement. J’ai fait appel à plein d’images tirées de livres ou même de films. Reste que l’idée de base est le basculement. Ce qui m’intéressait c’était le point de rupture.

Alors qu’Opening était un album Clair/Obscur, là, on se retrouve avec un album plus lumineux.
Cela reste assez subjectif. On peut très bien l’expliquer. C’est un album qui implique plus à l’écoute. Il est plus collectif qu’Opening qui s’adressait lui à l’intérieur de chacun. Il est plus généreux, plus large.

L’une des thématiques qui t’a permis de construire cet album est la fin du monde mais aussi l’espace et le temps. En quoi ces notions ont permis la composition de cet opus ?
C’est juste esthétique. Il n’y a rien de politique ni même écologique dans cette thématique-là. Ce qui m’intéresse c’est le point de basculement dans le principe de fin du monde. Quand je m’intéressais à ça, j’ai découvert qu’il y avait toujours ce point, de déclenchement, un point de rupture dans les films. Pour la chanson For We The Living, il y a une marche très électro. On s’y installe, on s’y sent bien, et d’un coup tout est brisé par le piano. J’aime ce basculement-là. Comme dans les films sur la fin du monde, on s’installe dans un rythme avant que tout se casse. Le temps est coupé. Avec la fin du monde, le temps et l’espace coupent la réalité et les habitudes. Ce n’est qu’un concept et une image pour ma musique. C’est un disque de musique avant tout. Cela m’a servi que de prétexte.

Tu parles de film mais quel film t’a marqué dans cette idée de basculement ?
Quelques-uns, mais disons Melancholia. Tout y est en désordre, du mariage à la vie de famille, la fin du monde s’impose comme une solution salvatrice. Elle résout les problèmes. Une destruction peut être positive, elle permet de remettre les choses à zéro. C’est ce que j’ai essayé de faire à partir de « On the Mountain Top ». Le vacarme de la première partie de l’album laisse place à quelque chose de plus apaisé. A un souffle solitaire comme dans Opening.

Plus qu’un album c’est un projet global For we the living. Les titres possèdent une illustration visuelle. Comment est née cette idée ? Et pourquoi le besoin de coller des images ?
D’abord, je voulais un principe assez personnel dessus. J’ai réalisé des vidéos en showmotion autour de photos. Ce n’est pas des histoires, ni même des vidéos. L’idée est que quand quelqu’un lance la vidéo, il pense que c’est une photo, donc va faire autre chose pour finalement revenir un peu plus tard et voir que l’image a bougé. Ce sont des instants qu’on tire à l’infini. Ce ne sont aussi que des illustrations de la musique, je n’y impose pas ma vision du titre ou ni même un message. C’est encore une fois, un album de musique, et chacun doit s’approprier cela !

Avec cet album, tu continues une oeuvre cohérente là où beaucoup cherchent le tube. Quel est ta vision de la musique ?
En effet, je suis obsédé par l’ordre et l’œuvre. J’attache trop d’importance à la musique pour la confronter au marketing et au système de single. La Musique est quelque chose de sérieux pour moi. Cela me rendrait triste de sentir que je suis forcé à faire un album sans mes principes. C’est une obsession chez moi de fournir une œuvre cohérente. Après je dis cela pour l’instant. Au début, j’étais très instinctif et je faisais des productions plus rythmées, mais avec l’âge, on évolue. Et je pense continuer d’évoluer aussi. Ce que je souhaite c’est faire de la musique d’une façon sacrée. Pas quelque chose de commercial.

C’est un album d’Electro instrumental, à l’exception de Dream Koala. Quel rapport entretiens-tu avec lui et qu’est-ce qu’il amène au projet ?
Dream Koala est le chanteur/musicien avec qui je m’entends le mieux. C’est mon acolyte de création. On a la même vision de la musique. Pour nous, elle est sacrée et importante. Il faut faire cela avec sérieux et des valeurs. Ce n’est pas le cas pour tout le monde, même si je ne veux en aucun cas juger les autres. Je ne suis pas quelqu’un de très mystique alors que Dream Koala l’est. Il a une passion pour l’ésotérisme, alors, quand j’ai évoqué le concept de l’album, de la fin du monde pour le côté esthétique des morceaux, il a adoré. Il fut très touché et a écrit un texte pour « A Photograph » qui explique ce qui restera de nous après la fin du monde. C’est la personne la plus adaptée pour cela, mais aussi la plus talentueuse.

Quelques mots aussi sur ton travail avec Pone pour l’album Radiant.
On se connaissait de loin, ou plutôt, on savait qui on était l’un et l’autre. On s’est rencontré à Grenoble lors d’un concert. Il m’a expliqué qu’il travaillait sur des maquettes et m’a invité à venir à Paris en studio pour écouter un titre. Il a voulu mon avis, puis ça a bien fonctionné, donc il m’a demandé mon avis sur tous les morceaux, et on a travaillé ensemble. Je lui ai amené quelque chose de plus homogène, lui qui vient d’albums avec des chansons différentes les unes des autres. Derrière son côté dur, son côté DJ Hip Hop, Pone est un artiste très sensible. On a réussi à faire de cet album quelque chose de très personnel.

D’autres productions pour la suite ?
En ce moment, j’ai pas mal de concerts, puis j’ai déjà attaqué mon troisième album. Je fais quelques productions, ceci étant dit, pour Lomepal et une musique pour une pièce de théâtre. Donc je pense à la suite, j’ai des idées pour le troisième album, mais avant tout, la tournée. Il est bien trop tôt pour donner des pistes pour le troisième album, car tout peut changer encore.

 

Superpoze en concert
Jeudi 9 mars 2017 à 20h30 au Metronum
Réservations : www.bleucitron.net ou au 05 62 73 44 77