La tension monte sur la scène lyrique toulousaine. Du 22 au 31 mai 2026, l’Opéra national du Capitole présente une nouvelle production très attendue de Salomé de Richard Strauss. Entre perversité, désir obsessionnel et fulgurances orchestrales, plongez dans les coulisses de ce chef-d’œuvre vertigineux qui marque les débuts du célèbre baryton Matthias Goerne à la mise en scène. L’Opéra national du Capitole poursuit son exploration passionnante du répertoire de Richard Strauss. Après les succès retentissants d’Ariane à Naxos, d’Elektra et de La Femme sans ombre, la vénérable institution toulousaine s’attaque au plus scandaleux des opéras du compositeur allemand : Salomé.

Un mythe incandescent porté à l’incandescence musicale
Inspiré de la pièce sulfureuse du poète irlandais Oscar Wilde, Salomé est un opéra en un acte créé à Dresde en 1905, où Éros et Thanatos s’entrelacent mortellement. L’histoire est connue, mais n’en reste pas moins troublante : la princesse Salomé, belle-fille d’Hérode Antipas, se prend d’une passion irrépressible pour Jochanaan (Jean-Baptiste), un prophète ascétique retenu prisonnier dans une citerne. Face au refus radical et méprisant du saint homme, le désir de la jeune femme se mue en une obsession morbide. Profitant du désir qu’Hérode éprouve pour elle, Salomé accepte d’exécuter la célèbre « Danse des sept voiles » en échange d’un serment fatal : obtenir la tête du prophète sur un plateau d’argent.
Frank Beermann : « Salomé est le plus extrême des opéras de Strauss »
Au pupitre de l’Orchestre national du Capitole, le public aura le plaisir de retrouver l’éminent chef straussien Frank Beermann. Le chef d’orchestre ne tarit pas d’éloges sur cette partition, qu’il qualifie de « cas unique dans l’histoire de la musique ». « Il n’est jamais allé aussi loin ni sur le plan tonal, ni dans la concision de l’écriture », explique-t-il. « C’est une sorte de poème symphonique enivrant dans lequel on plonge comme en apnée jusqu’à la fin. » Il souligne également l’incroyable richesse des couleurs orchestrales déployées par Strauss, mobilisant plus de cent musiciens et des instruments rares, et salue la capacité de l’Orchestre du Capitole à « moduler cette brillance, penser et jouer les couleurs ».
Marie-Adeline Henry dans la peau de la princesse de Judée
Le rôle-titre, l’un des plus redoutables et exigeants du répertoire, sera tenu pour la première fois par la soprano française Marie-Adeline Henry, qui a déjà bouleversé le public toulousain dans le rôle de Jenůfa. La cantatrice aborde ce défi monumental avec humilité et rigueur, décrivant la scène finale non pas comme un sprint, mais comme un marathon nécessitant « la souplesse d’une danseuse étoile ». Concernant la psychologie insaisissable de Salomé, Marie-Adeline Henry confie s’être plongée dans des lectures sur les profils psychopathes. « Pour moi, il n’y a pas d’évolution psychologique chez Salomé : c’est cyclique, elle tourne en rond à l’intérieur d’elle-même », analyse-t-elle, tout en pointant la vulnérabilité et l’extrême solitude du personnage, prisonnier d’un environnement familial toxique.
Les débuts de Matthias Goerne à la mise en scène
L’événement de cette production réside également dans les débuts à la mise en scène de l’immense baryton allemand Matthias Goerne. « Le livret, d’après Oscar Wilde, est fantastique », s’enthousiasme-t-il. « Et cette histoire reste d’une actualité brûlante : l’obsession avide des hommes d’accroître leur pouvoir, leur emprise, c’est intemporel. » Goerne insiste sur la tension psychologique et le climat de corruption généralisée qui règnent dans l’œuvre : « Le seul qui ne le supporte pas est probablement le plus innocent : Narraboth. Et c’est lui qui se donne la mort. » Il voit en Salomé le reflet sans concession des « discordances de notre époque » et de la « radicale déshumanisation » de la société. Autour de Marie-Adeline Henry, le casting de haut vol réunit notamment Jérôme Boutillier (Jochanaan), Nikolai Schukoff (Herodes) et la grande Sophie Koch dans le rôle d’Herodias.
Informations pratiques
-
Lieu : Théâtre du Capitole, Toulouse.
-
Dates : 22, 26 et 29 mai 2026 à 20h ; 24 et 31 mai à 15h.
-
Tarifs : De 10 € à 128 €.
-
Autour du spectacle : Des « Préludes » (introductions à l’œuvre) auront lieu 45 minutes avant chaque représentation. Une journée d’étude et une conférence (« Le mystère de l’amour est plus grand que le mystère de la mort ») sont également programmées le jeudi 21 mai.
-
Réservations : Sur le site officiel : opera.toulouse.fr.
-
A noter : l’opéra sera enregistré par France Musique et diffusé le samedi 20 juin à 20h.
Toulouseblog.fr Agenda, actualité culturelle et sportive sur Toulouse et sa région