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dimanche , 17 février 2019
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Toulouse – Rencontre avec Lescop

 

Vendredi soir, Lescop présentera son premier album à Toulouse pour les Curiosités du Bikini en compagnie d'Aline. Rencontre avec le futur de la chanson française.
 
Lescop est un jeune artiste, chanteur et auteur français dont le projet naît à Londres en collaboration avec John & Jehn. Lescop propose, John canalise, Jehn montre. Le résultat? De la variété bi-polaire. Lescop cherche à faire danser les gens en parlant de ses obsessions. 
 
A la veille de son passage à Toulouse, à l'occasion des Curiosités du Bikini, Lescop revient avec nous sur sa tournée, les Victoires de la Musique, la nouvelle scène française et son excellent premier album. Rencontre.
 
Comme se passe cette tournée et la rencontre avec le public ?
La tournée se passe très bien. C'est plein tous les soirs, donc c'est très bien. Et puis, il y a plein de gens différents les uns des autres qui ont envie de s'amuser et d'entendre des chansons qu'ils aiment. Donc c'est cool.
 
Il y a eu une différence depuis ton passage aux Victoires de la musique ?
Forcément, un petit peu. Il y a des profils de gens qu'on voit arriver qu'on ne voyait pas avant mais c'est super justement. C'est pour ça que je ne refuse jamais de faire partie de ce genre d'émission populaire. La musique ne reste pas dans un carcan d'initiés, il y a toutes sortes de gens qui peuvent cohabiter à un concert. C'est très intéressant.
 
Toi, sur scène, tu te sens comment ?
Il y a toujours une appréhension, je suis assez traqué . Après, la récompense est sur scène quand ça se passe bien avec le public, on a envie. Si on a peur, on a envie quand le public est au rendez vous. On se sent satisfait quand le public repart content. C'est un défi qu'on se lance à soi même.
 
Quand as-tu été attiré par la musique et le fait de vouloir être chanteur ?
Je sais pas. Est ce qu'il y a vraiment un moment où on saute le pas. Après, c'est plein de petits moments clés dans la vie. Pour moi, il y a eu des événements marquants comme la première fois que j'ai écouté Eddie Cochran chez mes parents. J'étais fasciné par cette musique et après quand j'ai découvert les Doors. Notamment le personnage de Jim Morrisson. Savoir qu'on pouvait être à la fois chanteur de rock et jouer une musique qui est sexy et jouissive. Tout en étant fan de poésie et de cinéma. Chez Jim Morrison , ce côté là me fascine.
 
Un modèle ?
Oui, ça fait partie d'un tout. C'est un modèle passif car il est mort jeune. En tout cas, c'est une figure de gens intéressants car ils ont vécu ce qu'ils ont fait à 100% et qui incarnait quelque chose. Comme Bowie ou Jagger. Que ce soit en musique ou au cinéma et en littéraire, moi j'aime quand il y a des personnages consistants et importants.
 
Tu évoques le cinéma, et en écoutant tes textes on peut faire un rapprochement. C'est une source d'inspiration  dans ton travail?
Oui, c'est une vraie source d'inspiration. Je crois que dans le cinéma on s'attache à des personnages. Et j'aime la façon dont les mots se détachent dans les films. Quand il y a des belles phrases. Souvent, j'ai piqué des phrases à droite à gauche. Parce que je pense qu'au cinéma il y a une autre approche du mot, des phrases et c'est un peu plus quotidien. Car le cinéma est plus accessible, pas comme le théâtre. Il faut payer sa place pour aller s'enfermer dans une boite noire avec des gens très intelligents. Le cinéma a ce côté plus démocratisé et populaire. C'est ce que j'essaye un peu de faire avec ma musique. C'est pas une musique pour être écoutée par trois intellos à Paris. C'est une musique qui va certainement parler à des intellos mais qui a la possibilité de parler à n'importe qui. J'essaye de rassembler le maximum de gens sans les prendre pour des cons.
 
Comment se passe le processus créatif ? L'écriture est le centre de tout ? 
Oui, l'écriture se passe en premier. Il faut un bon texte. Après quand on a un bon texte, il faut des bons instrus. Ça vient séparément. Je bosse l'un après l'autre et puis après, quand j'ai des choses qui me plaisent, je vois ce qui marche. Et je l'assemble. J'ai toujours travaillé par collage, par assemblage. J'arrive pas à prendre une guitare et dire je vais composer une chanson. Il faut une espèce d'évidence pour que ça me plaise. C'est comme un cadavre exquis. Quand tu as dessiné la tête du personnage puis une autre personne dessine le corps, puis les jambes. On ouvre le papier et on découvre un personnage rigolo. Moi, je vais chercher cette surprise là dans mes morceaux.
 
Sur l'album du travail avec Johnny Hostile. Qu'a t il apporté ?
Il y a certain morceaux et instrus de lui. Après la plupart des autres morceaux, j'ai amené une mélodie qui a aussi été travaillée par Gaël Etienne. Lui, il amène une lecture esthétique des choses. Il a ce talent là. Ce que je peux amener comme esthétisme dans mes textes, il arrive à la développer en musique. Il arrive de suite à donner de la gueule au morceau. Le défaut souvent dans la chanson française est qu'on a les même mélodies. Déjà parce que c'est les même mecs qui font toutes les musiques. Si on est un peu pervers, on peut remarquer que c'est toujours les mêmes. Il y a une espèce de méthode qui fait que ça marche donc si on fait ça on passera en radio. Alors que le plus important est de savoir comment un morceau peu surprendre. Car pour qu'un morceau plaise il doit surprendre les gens aussi. Il faut donc dès les premières notes avoir une esthétique forte. Et John, il sait faire ça.
 
On retrouve aussi la vois de Dorothée de Koon. Pourquoi ce choix ?
Elle parce qu'elle a ce truc très années 60. Un peu Françoise Hardy. C'est une voix comme ça qu'on cherchait. J'en avais un peu marre qu'on évoque toujours le côté années 80 de ma musique. Alors je me suis dit autant faire ce genre de morceaux. On voulait aussi une fille très féminine qui incarnait ce côté félin. 
 
Quand on évoque ta musique, on fait souvent référence aux années 80, à la new wave française comme Etienne Daho. C'est un peu réducteur ?
C'est complètement réducteur, oui. C'est surtout très mal comprendre ce qu'est la pop music. Dès les années 50, les chanteurs de rock'n roll reprenaient un folklore qui datait des années 20-30. Dans les années 60, les Stones et les Beatles chantaient des standards de blues. Dans les années 70, il y a eu un revival des années 50 et ainsi de suite. Au final, ils le faisaient avec les sons de leur époque. C'est normal. C'est cyclique dans la pop music.On regarde ce qui a été fait avant nous, on l'absorbe, on le redigère et on construit quelque chose de nouveau avec le son de notre époque. Qui invente complètement un son ? Personne. « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » disait Lavoisier.
 
De quels artistes de ta génération te sens tu le plus proche ?
Aline justement avec qui on va jouer à Toulouse. C'est des groupes que je me sens proche dans la démarche comme Mustang, Aline, la Femme et Pendentif. Je me sens proche dans leur démarche. Je pense que ça ne va pas s’arrêter et qu'il va y avoir encore d'autres groupes. Je trouve intéressant qu'il y ait de plus en plus de groupes qui chantent en français. Il faut coloniser la chanson française et sortir de ces accords de guitare qu'on connaît tous par cœur. C'est un peu étrange quand même. Ce qu'on est entrain de faire avec Aline, c'est de coloniser la chanson française. En faire  quelque chose d'autre. Et vu que ça s'est jamais fait dans la douceur, on est en train de le faire par la violence. On prend le pouvoir de manière brutale, par internet, la porte de derrière, et encore maintenant alors qu'il y a un public pour nous, c'est difficile de passer en radio. Les concerts sont pleins tous les soirs, les disques se vendent. Mais en radio, c'est difficile. Il y a toujours les même pachas qui sont installés. 
 
Malgré les faibles passages en radio, il y a internet pour découvrir les nouveaux artistes.
Oui, mais ils ont déjà perdu. C'est comme le mariage homosexuel. Il y en a qui s'amusent à manifester contre alors qu'ils ont déjà perdu. Tôt ou tard, le mariage passera. Tôt ou tard, les homosexuels pourront adopter des enfants. C'est la même chose pour Aline, la Femme, Mustang et Lescop. Tôt ou tard, ce sera nous. On est en train d'écrire ce que sera la chanson française dans les 20 prochains années.
 
D'ailleurs le succès de Dominique A aux Victoires de la Musique est la preuve qu'il y a autre chose en France que la variété.
C'est pour ça que je dis que le processus est en marche et que ça ne s'arrêtera pas. Il y a trop de groupes et d'artistes comme Dominique A qui sont devenus importants par la force de leur travail. Dominique A, ça fait 20 ans qu'il est là. 20 ans qui mène une carrière intègre. Et, c'est un vrai travail. Il n'a jamais pris les gens pour des cons. Aujourd'hui il est récompensé dans le temple de la variété que sont les Victoires de la Musique. Ce qui prouve bien que l'histoire est en marche. Je pense que ce qui se passe en ce moment sera une pierre angulaire des prochaines années. Je ne dis pas ça pour être prétentieux. Il faut que ça change. Il en faut pour tous les goûts et il n'y aura plus seulement les gros artistes bankables mais d'autres.
 
Dans l'album, tu évoques énormément la ville et le voyage. Pourquoi ?
Il y a du vécu, de fantasme. Par exemple Ljubljana , j'ai vraiment passé des séjours là bas. Je me fais un peu l'ambassadeur de cette ville. C'est une ville qui est romantique. Il y a quelque chose de romantique et de nostalgique. Les gens sont beaux, intérieurement et extérieurement. J'ai vécu une expérience là bas que je raconte dans la chanson. Elle est un peu à l’image de l'album. C'est une ville qui a un côté assez féminin et qui a un côté assez dur car elle est assez carrée et massive. 
 
L'album possède ces caractéristiques là ?
Je trouve que le ton de l'album à ce côté là. Un album assez massif et lourd. On a cherché des sons assez fort et en même temps, il y a un côté très féminin et délicat dans le ton de l'album. Comme disait Cocteau à propos de Marlène Diétrich ; « Votre nom commence dans une caresse et finit dans un coup de cravache ». J'aimerais qu'on dise ça de moi car c'est ce que j'ai essayé de faire.
 
Quelques mots sur Toulouse pour finir ? 
Je suis venu en première partie de Charlotte Gainsbourg. C'est cool car il fait toujours plus beau que quand on joue à Amiens. Même si à Amiens c'était cool aussi. Toulouse est une ville très agréable avec un public qui répond vachement. Très vivant. Je suis toujours content. En plus le lieu est super bien. Je suis content !
 
 
Les Curiosités vol14 :Lescop, Aline et Les Filles et les Garçons
Vendredi 22 février à 20h au Bikini
Tarif : 5 euros
Réservations : www.lebikini.com