samedi , 20 avril 2019
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Review – Malik Bentalha en interview

 

(Interview du 27 novembre) Après un passage avec le Jamel Comedy Club, l'excellent Malik Bentalha "se la raconte" sur la scène de la Comédie de Toulouse le 28 novembre.  Rencontre avec l'un des nouveaux talents du stand up !
 
De retour d'une tournée triomphale en première partie de Jamel Debbouze, Malik Bentalha revient sur scène seul avec son spectacle "Malik Bentalha se la raconte". 
 
Avec son style unique et sa plume aiguisée, il met un véritable coup de fouet au monde du stand up. Il nous raconte son parcours depuis Laudun, petite bourgade proche d'Avignon jusqu'à Paris où il a découvert le succès mais aussi les plans galères.
 
Récemment, on a pu le découvrir avec le Jamel Comedy Club, sur Canal + puis sur la scène du théâtre des Mazades lors du dernier festival Origines Contrôlées.  C'est à cette occasion qu'on a rencontré Malik Bentalha. Il nous parle de son parcours, de son spectacle et de Jamel évidemment. 
 
Peux-tu te décrire en quelques mots ? 
Je suis un petit mec qui prend du plaisir à faire rire les gens. 
 
Tu es assez jeune dans le milieu de l’humour. Quelles sont les humoristes qui te faisaient rire ? 
Plus jeune, il y avait beaucoup d'humoristes qui me faisaient rire. A commencer par, et ce n'est pas surprenant, Jamel Debbouze, Gad Elmaleh mais aussi, par le biais de mon papa, j'ai découvert les Inconnus, les Nuls, Pierre Desproges, Coluche…Je suis très franco-français dans l'humour. Je ne me tourne pas encore vers l'humour outre-atlantique. Pourtant, dans le stand up, on a tendance à prendre exemple sur les américains, mais je trouve qu'en France, on a une histoire du one man show qui vaut le détour. 
 

Je me sens investi d’une mission quelque part. 

 
C'est eux qui ont fait naitre en toi cette vocation ? 
La vocation, c'est un tout. Malheureusement ou heureusement, j'ai compris très tard que je pouvais devenir humoriste et que c'était un métier à plein temps. C'est grâce à une prof d'espagnol en terminale, Madame Dupuy, qui me voyait faire le con en classe. Un jour elle m’a dit : «  au lieu de faire le con en classe, monte à Paris, tente ta chance ». Elle, elle voulait faire du flamenco mais n'a pas réussi. Donc elle a appelé mes parents en leur disant de me laisser monter à Paris. Je ne l’en remercierai jamais assez. La vocation est un tout : les humoristes que j'ai cité, et la bonne rencontre au bon moment. Il faut un élément déclencheur, un déclic, sinon ça reste au stade du fantasme. Car quand t'as 16-17 piges, ça te paraît tellement inaccessible. Tu dis non, c'est trop loin pour moi.
 
 
Arrivé à Paris, tu as fait plusieurs salles avant d’arriver au Jamel Comedy Club. D’ailleurs comment es-tu arrivé dans cette troupe ?  
Je suis arrivé au Jamel Comedy Club fin 2009, début 2010 en rencontrant Jamel. Je l'ai rencontré un mardi car c'était le soir des scènes ouvertes.  C'est là où les jeunes humoristes, les jeunes talents peuvent venir proposer 5 minutes de sketch, de tour de magie, de danse et de slam… ils prennent tout au Comedy Club. La chance que j'ai eu, c'est que le soir où je me suis proposé, Jamel était dans la salle. Par hasard. Il est venu me voir après mon passage, et il m'a proposé de revenir. Ce que j'ai fait. Il m'a revu plusieurs fois. Il en a parlé à son frère Karim Debbouze qui est producteur. De là, j'ai intégré le Jamel Comedy Club et j’ai suivi Jamel en tournée. 
 
D’ailleurs, Jamel fonde plein d'espoir en toi. Ça doit te faire plaisir et te mettre une certaine pression aussi, non ? 
Bizarrement, ce n’est pas la pression. Plutôt des responsabilités. Je me sens investi d’une mission quelque part. Je n'ai pas envie de décevoir Jamel. C'est une pression positive. Je suis motivé car quand un mec comme lui te présente aux yeux du grand public, aux yeux du métier, tu te sens fier et aussi invincible. Si ce type-là te trouve marrant, c'est que tu dois l'être, donc plus rien ne peut t'atteindre. J'ai tellement morflé au départ. Je suis arrivé ici, j'avais 17 ans. Tu tournes dans des scènes ouvertes… une fois sur deux ça passe pas.  Alors quand un mec comme Jamel croit en toi et te dit tu vas faire de grandes choses. T'es plus stressé : tu te lâches.

Et faire la première partie de Jamel, c'est quelque chose de particulier. Comment as-tu été reçu par son public ? 
Ecoutes, j'appréhendais énormément. Finalement, ça a été un de mes plus beaux souvenirs cette tournée. Franchement, c'était un accueil chaleureux. Jamel, avant ça, avait été très malin il parlait de moi dans la presse en me présentant comme son protégé…Quelque part, le public n'était pas surpris. Quand on jouait à Toulouse, il y avait des articles sur lui et il en profitait pour citer mon nom. Il me protégeait quelque part en faisant ça.  Ça m'a fait gagner 4/5 ans de jouer dans des Zénith alors que j'avais 20 ans.
 
Depuis quelques temps déjà, entre l’émission télé, le spectacle et la radio, tu es devenu un peu plus célèbre. Comment gères-tu cette célébrité-là ? 
Il faut avoir énormément de capotes (rire). Non, ce n’est pas vrai, détrompes-toi ! Sinon, je serais déjà papa (rire). Sérieusement, on a la chance de faire un métier où les gens qui t'arrêtent et se marrent. C'est spécial. A un plombier, tu ne peux pas l'arrêter et lui dire « Excellent ta tuyauterie ! ». Ça ne marche pas.  Aujourd’hui, tu dis que c'est génial. Pourvu que ça dure !
 

Le travail en équipe, ça stimule, on se tire tous vers le haut.

 
Parlons un peu du Jamel Comedy club. Peux-tu me dire quelques mots sur les comédiens qui sont avec toi sur scène pendant cette tournée (NDRL : Cette interview a été réalisé lors de son passage avec la troupe au Théâtre des Mazades) ? 
Ils sont tout simplement géniaux. C'est Jamel qui fait la sélection avec des mecs de la Nasa, du CNRS, et ils cherchent les meilleurs humoristes en Europe et sur Uranus. Une sélection très approfondie, avec des humoristes, de la musique, un irakien suisse, une fille sublime, un dandy qui me fait mourir de rire et puis un de mes meilleurs potes, Tony Saint-Laurent. C'est vraiment une troupe très éclectique. Tu obtiens un résultat bluffant.
 
Tu prends autant de plaisir sur scène avec eux que seul avec ton spectacle ? 
La question qui tue. Je vais te la jouer franc jeu. Quand tu joues avec la troupe, tu prends énormément de plaisir mais tu as une espèce de frustration. Dans le sens où tu joues 7 minutes, 10 minutes maximum. Mais si ça se passe bien pendant ces 10 minutes, tu n'as qu'une envie c'est de rester sur scène. Mais tu dois t'arrêter au bout d'un moment. Tu es obligé car on est neuf à passer. Et c'est pareil pour tous les artistes. Il y a une espèce de frustration. Alors que dans ton spectacle, c'est ton espace. Si tu veux jouer 1h40,  tu joues 1h40. Tu fais ta vie. Le spectacle solo, c'est quelque chose de jouissif. Tu racontes ta vie, si tu veux t'arrêter, faire une pause, tu la fait. Moi, je laisse beaucoup de place à l'improvisation. La différence, c'est quand tu sors de ton spectacle solo, ben t'es solo. C'est un métier où tu es très seul. Les gens pensent souvent qu'après mon spectacle, c'est des putes, de la coke et une chambre au Ritz. Faux, t'es seul dans ton Formule 1. Dans ton hôtel, tu n’as même pas Canal, tu regardes la 6.  La force qu'il y a dans une troupe, c'est quand c'est fini, et que tu t’es bien marré, tu continues en dehors.  Généralement, les troupes ça a toujours donné des résultats mortels comme Le Splendid, les Robins des Bois. Le travail en équipe, ça stimule, on se tire tous vers le haut.
 

Il ne faut surtout pas aller contre nature.

 
Parlons un peu de ton one man show. Comment trouves tu les thèmes à aborder? 
Pour un premier spectacle, c'est une évidence : tu dois parler de toi. Il faut se présenter au public donc je fais une présentation de Malik Bentalha. Je parle donc de moi mais j'aborde aussi des sujets universels pour ne pas toucher une seule génération que ce soit les trentenaires ou les ados. Je parle évidemment de l'école, etc…
 
Comment se passe le processus créatif ? 
Pour mon premier spectacle, j'ai commencé tout seul. Par la suite, j'ai eu besoin d'autres regards. Il y a deux personnes importantes dans mon parcours : Alex Lutz qui est dans le métier. Puis par la suite, mon metteur en scène. Ils ont compté pour moi dans le processus de création. 
 
Le Stand up est devenu une forme de plus en plus répandue. Comment peut-on se démarquer du reste des comiques ? 
On ne cherchant pas à se démarquer. C'est ouf ce que je te dis. Mais c'est évident que si tu cherches à te démarquer, à te poser cette question-là, tu vas contre nature. Parlez de soi et puis, personne n'est identique. Certains joueront avec leur corps, d'autres leur voix. Le public choisit après par rapport à ces particularités-là. On est de plus en plus nombreux dans le stand up, mais il y a de la place pour tout le monde. Il ne faut surtout pas aller contre nature. Il faut y aller, tu verras sur scène. 
 
C’est ce que tu te dis avant de monter sur scène ?
Honnêtement, je ne me pose pas de question en amont.  Je fais tout sur scène : un bide, un fou rire et même j'écris parfois sur scène. Je pars sur un sujet en impro, et si les gens se marrent, je continue sur plusieurs pistes et en sortant de scène j'écris ce qui a marché et ce qui n'a pas marché. Et, je réessaye plus tard.


La télé ne sera jamais remplacée.

 
Tu t'inspires énormément de la télé. On a pu t'entendre sur Europe 1 avec Morandini. C'est un univers qui te passionne ? Tu te sens comme un enfant de la télé ? 
Exactement. Un enfant du club Dorothée. Fin des années 90, début des années 2000, la télé était à son paroxysme : Pub, émission. J'ai été bercé par Fort Boyard, C'est pas Sorcier…Aujourd’hui, et j'en parle dans le spectacle, il y a énormément de place pour les séries. J'évoque cette évolution là, sans oublier les dessins animés de l'époque avec ceux de maintenant. On est passé de Rémi sans Famille et Cobra à Dora l'exploratrice et Bob le bricoleur. La télé est une source inépuisable. Puis regardes, les émissions qui parlent de la télé cartonnent comme Touche pas à Mon Poste, présenté par mon pote Cyril Hanouna. Donc, je ne suis pas effrayé par l'arrivée d'internet. La télé ne sera jamais remplacée.
 
Tu abordes des thèmes assez variés dans ton spectacle. Y-a-t-il des choses que tu te refuses de faire ? 
Je ne me fixe aucune limite. Je veux juste parler des sujets pour lesquels je me sens légitime, J'aborde un peu la politique mais, j'y viendrais le jour où je me sentirais prêt. A mon âge, ce n'est pas un sujet qui me fait marrer. C'est un sujet grave et je n'ai pas le recul nécessaire ni la légitimité pour aborder la politique. J'y viendrais c'est sûr, je ne me fixe pas de limite.
 
Pour finir, quelles sont tes envies pour le futur ?
Fonder une famille, vivre de mon métier et mon rêve le plus fou : continuer de vous faire marrer jusqu’ à l'infini. Et le cinéma aussi. J'ai tourné deux films cette année qui sortiront l'an prochain. Deux petits rôles : l'un avec Jamel, l'autre avec Dany Boon.  C’est un premier pied dans le métier. Je suis aux anges…Ma vie roule !