mercredi , 28 octobre 2020

Interview – Lonepsi, l’écriture au corps !

En attendant un nouvel album, prévu pour le mois d’avril, Lonepsi sera sur la scène du Metronum de Toulouse pour un concert exceptionnel. Discussion avec un poète du rap !

Textes pointus,exigeants, lourds de sens, poésie urbaine…il est difficile de définir un artiste aussi unique que Lonepsi. Avec une finesse sans pareil, ce jeune diplômé en psychologie questionne la vie, l’absence, l’amour avec la même acuité. Lonepsi livre une musique singulière entre le rap et la chanson qui l’installe comme l’un des artistes les plus doués de sa génération.

Alors quand il passe par Toulouse avec un nouveau show, on se devait de le rencontrer et évoquer avec lui son histoire, la scène, l’écriture et le futur projet prévu pour le mois d’avril.

Première question, assez rituelle : comment vas-tu à quelques jours de la tournée ?

Ça va plutôt pas mal. J’essaye de ne pas trop y penser ces derniers jours. Samedi 1er Février j’ai attaqué les répétitions pour me remettre un peu le spectacle dans les pattes. Je suis très, très pressé aussi de commencer cette tournée. Ça faisait longtemps que je n’avais pas tourné dans les villes de France et ça commençait à me manquer.

Comment envisages-tu la musique sur scène ?

Pour l’instant j’ai l’impression de pas avoir assez expérimenté la scène. Même si j’ai fait plus de 60 concerts, j’ai l’impression de ne pas en avoir assez fait. J’ai besoin de beaucoup plus pour y trouver mon compte. De principe, je suis quelqu’un d’assez lent et pas du tout impulsif. J’ai besoin de refaire énormément de scènes pour savoir ce que j’en pense vraiment. La seule chose que je peux dire c’est que je prends un plaisir fou à rencontrer les personnes qui m écoutent et qui me suivent. Toutes ces personnes qui écoutent ma musique au quotidien et me suivent au jour le jour sur les réseaux sociaux. J’y reçois beaucoup d’amour. Mais sous forme de commentaires et de likes et c’est toujours un peu frustrant. Enfin, c’est difficile de se faire un avis fondé sur quelque chose de virtuel. Quand je les rencontre en vrai à mes concerts, l’amour que j’ai imaginé sur internet se transforme en vrai amour, en respirations, en vibrations, en regards. Et ça, c’est incroyable !

De l’excitation donc mais aussi un peu d’appréhension avant de monter sur scène, un petit stress ?

Alors je sais que j’aurai du stress, mais c’est toujours le même stress. C’est celui qui dure 5 minutes avant de monter sur scène. Mais actuellement, là, non je ne suis pas stressé. Comme j’ai bien préparé le spectacle et que j’ai encore quelques jours devant moi pour pour me le remettre dans le corps et dans l’esprit, je n’ai pas peur ; je ne suis pas stressé. J’ai juste hâte ! Il y aura forcément un peu d’adrénaline avant de monter sur scène ! Que du positif.

Un nouvel album est prévu pour avril, retrouverons nous des nouveaux morceaux sur ces concerts ?

Oui. Il y aura pas mal de surprises, pas mal de nouveaux morceaux, et aussi beaucoup d’anciens. Parce que moi ,ce que j’adore pendant mes concerts, c’est quand le public chante avec moi et qu’on peut chanter à l’unisson. Forcément, je vais faire des anciens morceaux pour chanter avec eux et évidemment il y aura beaucoup de surprises aussi.

Mais aussi des versions en piano/voix comme on a pu voir dernièrement ?

Absolument. Il y aura pas mal de versions en piano/voix mais aussi des versions piano/voix plus batterie vu que je suis accompagné sur scène de mon batteur Axel. Et puis, il y aura aussi des versions plus traditionnelles, avec un instrumental accompagné par la batterie et ma voix.

Comment sont nées ces versions piano/voix ? C’est revenir à l’origine du morceau ? Revenir à la base même de ce qu’elle a été la chanson ?

C’est peut être comprendre le morceau différemment, avec plus de recul. Ce n’était pas vraiment une volonté de ma part. C’est plus les versions piano qui m’ont « choisi » parce que, moi, quand je compose, je suis toujours avec mon piano et j’essaie de chantonner des mélodies avec ma voix. Plus tard, ça m’arrive, parfois, de reprendre des anciens morceaux pour savoir ce que j’ai fait. J’essaie de les examiner avec le recul. Le temps passant, j’acquiert des nouvelles techniques, un peu plus d’expérience et il m’arrive de reprendre un de mes anciens morceaux avec un peu plus d’expérience et forcément ça lui donne une autre vie. Peut être un peu plus de maturité, une autre sensibilité, et c’est pour ça que je trouve que lorsque la version piano est mieux que la version originale, je la partage avec mon public. Généralement, mais pas tout le temps non plus, les gens préfèrent n’entendre que le piano et que la voix plutôt que la version instrumentale un peu plus complexe avec beaucoup d’informations qui peuvent parfois venir brouiller le texte.

Cette version remet la voix et le texte en premier : forcément, on est beaucoup plus captivé par les paroles, par les mots que par tout ce qui pourrait être…quelle est l’importance de l’écriture dans ta création ?

Oui, disons que pour faire de la musique, en tout cas pour faire ma musique j’ai besoin de deux choses : de la musique et des textes. J’entretiens un rapport beaucoup plus naturel et inné avec l’écriture. C’est plus simple, beaucoup moins réfléchi. Paradoxalement avec la musique, c’est autre chose. Avec la musique, j’ai beaucoup plus de difficultés, de lacunes. J’ai commencé la musique beaucoup plus tard donc c’est quelque chose qui me prend beaucoup plus de temps. Je me tire beaucoup plus les cheveux alors que, paradoxalement, de loin, à l’écoute, on pourrait se dire que je passe plus de temps sur les textes que sur la musique. Mais, je tente de mettre quand même la même énergie et donner la même chance à mes textes qu’à mes instrus. Mais oui, ça fait partie de moi l’écriture.

Comment écris-tu ? À quel moment ? Peux-tu écrire partout ou te faut-il du calme ?

Non. Il faut qu’il fasse nuit de préférence . Que je sois seul et généralement j’écris avec une musique sans parole et avec un rythme assez lent pour écrire le plus librement possible. J’écris des phrases à la base sans rimes, sans rythmes particuliers. J’écris juste des idées et une fois que je lis le texte à voix haute, il m’évoque une chanson. Ou plutôt, il m’évoque des mélodies, des accords, un rythme en particulier et j’essaie de transformer ce texte brut – qui était en proses à la base- en un morceau un peu plus traditionnel avec un rythme ,des rimes et des notes sur la voix. Ainsi, le texte devient un peu plus vivant et moins littéraire.

Qu’est ce que ça te procure d’écrire ?

Ça dépend des textes que j’écris. Il y a plusieurs cas de figure. Il y a des textes que j’écris pour comprendre ce qui m’est arrivé comme un événement qui peut etre douloureux ou un événement que je n’ai pas compris. Je tente de le comprendre à travers les mots. Parfois, c’est une écriture hyper automatique, hyper libre et décomplexée et je sais pas vraiment ce que je suis en train d’écrire et je m’en aperçois qu’à la fin du texte. Voire même 6 mois après. Il m’est arrivé par exemple, d’écrire une histoire et de ne pas savoir ce que j’avais véritablement raconté. Je ne pouvais rattacher aucun de ces événements de l’histoire à ma propre vie. C’était surprenant. Les mois sont passés, et je me suis rendu compte que 6 mois après,c’était un écrit prémonitoire.J’ai vécu exactement mot pour mot ce que j’avais raconté six mois avant sur une chanson. Au final, il y a plusieurs types de textes. Et, je passe par plusieurs tempéraments, c’est presque jamais les mêmes,  même si des cas de figure peuvent revenir, c’est vrai.

C’est une écriture très introspective, es- tu capable d’écrire sur autre chose, sur quelqu’un d’autre, sur un personnage , sur une histoire que tu n’as pas vécu ?

C’est un exercice que j’aime me donner mais c’est des écrits qui restent dans mon carnet et que je ne partage pas, parce que je ne me sens pas encore de le mettre en musique. Pour l’instant, j’essaye, avec mon projet, de raconter des choses qui me sont propres. J’ai déjà écrit pour d’autres ou en imaginant des histoires complètement fictives mais ça ne fait pas partie de mon projet musical. C’est un exercice que j’aime beaucoup faire quand même.

Parlons du dernier extrait «  Je suis partout où que j aille ». Tu évoques le passé et le besoin d’écrire. Est-ce que l’écriture a sauvé quelque chose chez toi ?

Oui. Quand j’écris dans mes musiques, on peut penser que le personnage que je décris est assez sombre, assez recroquevillé, assez renfermé sur lui-même. Dans mon écriture , le fait même que ce soit raconté, cela annule le personnage que je décris. C’est à dire que sans l’écriture je serai exactement la personne que je décris dans mes textes. Et grâce à ce processus d’écriture, j’arrive à être quelqu’un de plutôt épanoui dans la vie, souvent de bonne humeur…

Voir optimiste, comme dans la chanson. La fin de la chanson elle va dans ce sens là surtout.

Oui complètement. J’essaye dans toutes mes musiques d’apporter toujours une part d’optimisme parce que c’est comme ça que j’ai envie de voir la vie !

Et comment est née cette chanson ?

J’avais envie de parler de la difficulté d’être avec soi. J’étais en train de vivre une période où j’ avais du mal à finir ce que je commençais, à finir les textes, j’avais toujours mes écouteurs dans les oreilles, je regardais toujours un film ou un podcast avant de m’endormir et je me suis rendu compte que je m’écoutais très peu. C’était une période où j’avais du mal à être avec moi-même. Je me suis surpris à être comme ça le jour où j’ai oublié mes écouteurs. Je devais faire une longue ballade à pieds à Paris et je me suis retrouvé avec moi-même pendant une heure à marcher : ça fait un bien fou de pouvoir renouer avec moi ! Alors, j’ai décidé de le mettre en texte cette expérience. Quand j’ai décidé de le mettre en texte, j’ai failli succomber à l’habitude que j’avais prise c’est à dire de ne pas finir ce texte. Au lieu de partir fumer une cigarette,et de ne pas finir le texte, je me suis dit : « non je vais reporter la cigarette, la pause et je vais rester avec moi-même et je vais finir ce texte pour assumer ce que je suis en train de raconter » .

C’est vrai qu’on en parle peu de la difficulté de créer chez un artiste par moment.

Oui c’est vrai. C’est vrai qu’il y a ça mais chez moi, il y’a deux façons de faire. La première est très automatique, très libre et très naturelle. Puis il y a des moments et des périodes où je n’arrive plus du tout à écrire parce que ça ne vient pas facilement. Dans ces moments-là, je suis obligé de me faire un peu violence de me mettre devant la page et de tenter d’écrire quelque chose. Cette façon de faire n’a pas vraiment d’impact sur la qualité ou la force du texte. C’est juste la façon de faire qui change. Chez moi, un texte qu’on se force à écrire peut être aussi bon qu’un texte qui vient naturellement. J’ai pas de règles par rapport à ça.

Quelques mots sur ce futur album. De quoi va-t il parler ? Et quand ?
Alors le projet est prévu pour normalement Avril, début Avril. J’ai tenté dans ce projet de réunir d’un point de vue musical, un peu toutes mes influences. C’est à dire des morceaux qui sont planants, des morceaux qui sont très rythmés, des morceaux qui ont des sonorités plus Latines parfois Américaines, parfois de chansons Française. C’est un espèce de condensé de tout ce que j’ai traversé musicalement parlant. Et par rapport aux thèmes que j’aborde, c’est un peu toujours les mêmes, sauf que la façon de les approcher est différente. Je parle d’amour, je parle d’introspection, je parle de respect, enfin de pouvoir s’apprécier soi-même, je parle d’amitié, de souvenirs enfouis, voilà à peu près toutes ces choses-là, condensées en un projet.

Un projet qui a un nom ou il faudra attendre quelques temps avant de le savoir…

Il faudra attendre quelques jours voir quelques semaines pour le nom ..

Est-ce qu’il y aura des collaborations  ?

Non, il n’y aura pas de collaborations dans l’album. Mais extra album parce que c’est un exercice que j’aime bien faire.  Comme c’est mon album, et comme tous mes projets finalement, il est assez intime, je préfère qu’il n’y ait que ma voix. Je sais qu’on pourrait me critiquer ça, que pour qu’un album soit complet il faut qu’il y ait peut être un peu plus de diversité dans les voix présentes. Moi je préfère qu’il n’y ait, quand c’est mon album, que ma voix. Après je suis complètement ouvert à d’autres collaborations.

On parlait de références, quelles sont-elles ?

D’un point de vue musical en ce moment j’écoute pas mal d’artistes Américains.J’écoute aussi Rosalia qui est Espagnole et en Angleterre j’écoute différents rappeurs. J’écoute beaucoup, beaucoup de musique. Pas vraiment les musiques Françaises parce que je n’arrive pas à trouver une musique qui arrive à parler à ma sensibilité. Enfin les musiques Françaises que j’écoute elles datent. C’est des musiques de Léo Ferré, de Brel, de Brassens , de Barbara ou même certaines d’Edith Piaf et aujourd’hui j’avoue que je m’inspire sur d’autres continents.

La littérature est omniprésente dans ta vie. Un dernier coup de cœur à partager ?

Il y a un livre que je n’arrive pas à lâcher et qui me suit depuis maintenant quelques années c’est « Le fou d’Elsa » de Aragon. Je pensais, enfin je suis toujours en train d’hésiter entre mon poète préféré. J’ai longtemps pensé que c’était Baudelaire mais Aragon depuis quelques mois, voire quelques années, concurrence Baudelaire de très près. Sinon, j’ai découvert relativement récemment un auteur contemporain qui s’appelle Alessandro Baricco qui est un auteur Italien et qui est aussi musicologue . C’est intéressant aussi d’un point de vue musical. Il écrit des romans certes, mais y a beaucoup de musique dans la façon de construire ses œuvres, y a toujours des phrases qui reviennent comme une mélodie ou comme un refrain . Si j’avais un livre à conseiller de lui pour commencer ce serait « Soie » et ensuite enchaîner par « Océan mer ».

Tu parlais de poètes. Souvent les artistes reprennent des textes de poètes, est-ce que c’est quelque chose qui pourrait être envisageable ?

Je pense, enfin, ça serait tout à fait possible d’un point de vue technique parce que les rythmes sont tellement bien agencés qu’il y aurait juste à poser la voix en rythme. Enfin, non, Il n’ y aurait pas juste ça à faire mais je préfère garder la mélodie qu’il y a dans ma tête quand je lis le poème plutôt que de l’imposer aux autres. Il y a quelque chose de tellement intemporel dans les mots qui sont écrits en noir sur le blanc de la page et qu ‘on lit avec la voix qu’on a à l’intérieur de la tête. Je trouve que ça ne servirait pas le poème. J’ai déjà repris une musique de Léo Ferré mais c’était une musique à la base même si on pourrait le transposer en poème . Mais concernant les poèmes je préfère les laisser sur le blanc de la page.

La suite ça va être la tournée, l’album pour Avril et après les festivals ?

Après quelques festivals et après d’autres surprises à la rentrée dont je ne peux pas encore parler. Une autre tournée qui n’a pas été encore programmée mais qui va arriver en automne. Et puis toujours des nouvelles musiques. Enfin mon actualité ne va pas s’arrêter de si tôt, je suis parti pour rester longtemps.