dimanche , 21 avril 2019
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L’Odyssée de Pi, la fable visuelle d’Ang Lee

 

Après les succès critiques et publiques de Tigre et Dragon et du Secret de Brokeback Mountain, Ang Lee revient dans une fable techniquement maîtrisée : L'Odyssée de Pi.
 
L'odyssée de PI est l'adaptation d'un roman fantastique de Yann MARTEL récompensé par de nombreux prix dans plusieurs pays. En 2001, quelques mois après la publication du Best Seller la Fox s'empare du phénomène en achetant les droits pour l'adaptation.
 
Le projet circule et les plus grands cinéastes tentent leur chance… M. NIGHT SHYAMALAN se dit intéressé avant de jeter l'éponge fin 2003. ALFONSO CUARON se penche sur l'histoire et…abandonne. Le projet semble alors maudit.
 
Enfin, Jean Pierre JEUNET, l'un des frenchies les plus apprécié d'Hollywood, pitche son film deux ans plus tard. Son pari est de filmer de vrais animaux. Il n'obtiendra qu'un refus ferme de la Fox, c'est trop cher, trop fou!!
 
Pendant 7 ans personne ne résout l'équation de Pi et l'aventure semble vouée à l'échec. Jusqu'en 2008 et l'arrivée d'un certain ANG LEE. Aujourd'hui, l'odyssée de Pi nous arrive sur les écrans précédée de critiques toutes plus élogieuses les unes que les autres. Alors qu'en est-il vraiment?
Le générique s'ouvre sur de magnifiques plans d'animaux vivants dans un zoo et force est de constater que la rétine en prend déjà un coup tant les cadrages sont précis, les couleurs chatoyantes et l'effet de relief magnifie déjà l'ensemble. Lancé sur les meilleurs hospices, le film démarre avec 2 personnages : PI PATEL, notre héros et un journaliste à qui il décide de confier son incroyable histoire.
 
S'en suit de longues scénettes d'exposition sur l'enfance de Piscine (de son vrai prénom) en Inde. Le début est plutôt lent et prend bien le temps de poser les personnages en particulier ceux de sa famille. Arrive ensuite le voyage tant attendu pour le Canada où l'attend une nouvelle vie, mais son destin est bouleversé par le naufrage du cargo en pleine mer. Pi se retrouve seul survivant à bord d'un canot de sauvetage. Mais il est très vite rejoint par un zèbre, une hyène, un ourang outang et un féroce et splendide tigre du Bengale.
 
Qu'on se le dise, ce film est magnifique visuellement. Effets spéciaux de haute tenue, paysages grandioses, enfin une "3D" d'excellente facture, au service du récit et qui tend à crédibiliser l'ensemble. Sur le plan technique, le film n'a rien à envier à Avatar. Peu même le surpasser dans la texture de l'eau. Effet central du récit. Mais du côté de la narration, et du story-telling, Ang Lee n'est pas James Cameron. Et les défauts inhérents à son Hulk, oeuvre pleine d'amour mais mal aimée, se retrouvent ici.
 
Si la "révélation finale" apporte son petit effet, la rétroaction alors enclenchée sur le scénario montre que le sujet aurait pu être abordé de manière différente. Trop linéaire, manquant de rythme, se focalisant sur des aspects finalement peu intéressant du périple de Piscine et de Richard Parker le tigre, cette Odyssée qui se devait fantastique en deviendrait presque terre à terre et désamorce toute la portée métaphorique de l'aventure. La poésie promise aurait mérité meilleur traitement, avec un point de vue plus abstrait, et un montage plus éclaté quitte à faire chevaucher les différentes époques de la vie de PI et ainsi donner du tempo à sa partition.
 
Au final l'Odyssée de Pi n'est pas le film que l'on s'attendait à voir, certes maitrisé sur la forme mais obsolète sur le fond, cette fable moderne se déguste tel un mets cuisiné par un grand chef, dont nous oublions la saveur aussitôt sorti du restaurant. 
 

Bande annonce de l'Odyssée de Pi