mercredi , 23 août 2017
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Interview : Georgio, talent brut et optimiste !

Avec son second album, Héra, Georgio s’est imposé dans le paysage rap français avec des textes ciselés, un son propre et un talent indéniable. Son passage à Toulouse jeudi 9 mars, nous a donné envie de discuter avec lui. Rencontre.


Hors des sentiers battus, tournant le dos à un certain conformisme, Georgio avance depuis quelques années à visage découvert. Mixtape participative avec ses fans, campagne record de crowfunding pour financer « Bleu Noir », son premier album, le jeune rappeur du XVIIIème est là où on ne l’attend pas, libre de ses mouvements. Il est revenu en 2016 avec un nouvel album » Héra », nommé aux Victoires de la Musique 2017. Un grand album de rap mais pas seulement, tellement Georgio mélange les styles avec un flow et une écriture exceptionnelle.

Rencontre avec un talent brut avant son passage au Bikini le 9 mars !

Tu es en pleine période de concerts après les bons débuts de ton nouvel et second album Héra. Comment te sens-tu ? Et que représente cette période-là pour toi ?
Très bien. La tournée se met en route petit à petit. On a bien bossé le show, on le maîtrise plutôt bien donc on est assez content de ce qu’on offre au public chaque soir. La scène est un moment d’échange avec le public. Là, tu avances mais pas tout seul comme sur la création d’un album ou dans l’écriture des textes. Cela n’a rien à voir. L’écriture est un « lâcher » de mille choses : mes sentiments, mes pensées, mes rêves et mon mal-être aussi. Cela part de la tête, du cœur et des couilles. Un travail de solitaire. En concert, on partage des émotions, on en reçoit aussi. C’est un véritable échange d’énergie.

Entre tes deux albums, Bleu/Noir et Héra- le dernier en date, il y a peu de temps. As-tu eu besoin de bosser dans l’urgence ?
Je n’en ai pas et ne ressent pas le besoin forcement. Pour Héra, c’est très simple, tout autour de moi, me concernant, a changé. Donc il fallait en parler rapidement, ne pas attendre que ce passage passe. J’ai donc écrit très vite sur ce qui se passait pour moi. Il fallait le faire, je n’avais pas eu forcement toujours la nécessité de cela, mais aujourd’hui c’était nécessaire de ne pas rester sur la noirceur de Bleu/Noir. En moi, il y avait le besoin de parler de sujets avec plus d’espoirs, plus d’envies.

Côté texte, Héra parle d’espoir, il est moins sombre que le précédent malgré quelques titres assez forts, mais l’espoir est présent de bout en bout. Pourquoi ce changement ?
On m’a ouvert de nouvelles portes. La tournée, la vie personnelle, l’argent m’ont donné un nouveau souffle personnel. Je n’avais pas vu tout cela avant. J’ai trouvé aussi des solutions à mes maux, j’ai su m’écouter et surtout me donner des devoirs. Avec cet album, j’ai une véritable foi en l’Homme, il fallait l’écrire et oublier un peu l’amertume.

A l’écoute de l’album aussi, on sent une véritable évolution musicale. As-tu trouvé le son Georgio dans Héra ? Et comment le définirais-tu ?
On peut dire que j’ai trouvé mon son. C’est un son très personnel, je suis le seul dans le rap à sonner comme cela grâce à un mélange de son rap forcément, mais aussi rock, un peu electro…Sur la musique, il y a ma signature c’est évident désormais. Après, je ne sais pas si pour le prochain album, je ferais la même chose ou pas. Le but premier est de me faire kiffer. Aller au-delà du rap. J’aime surtout poser mon flow, être percutant dans le rythme mais aussi kicker . Même si sur « La Vue du sang », c’est plus parlé mais il y a aussi des parties chantées. Je kiffe tout simplement.

C’est aussi un album de conviction comme sur le titre « La Vue du sang ». Quel a été le déclic pour parler de ces convictions ?
J’ai toujours eu des avis bien tranchés sur de nombreux sujets. Il me fallait faire part aussi de certaines choses, comme par exemple pourquoi on ne croit plus en la politique des costards. La Vue du sang est un titre avec l’idée, un peu naïve certes, de : faites l’amour pas la guerre. Je n’aime pas la guerre, c’est un principe de base qui peut paraitre un peu naïf. Il fallait donc que je structure mon texte autour de l’idée d’un jeune qui part au combat, cherchant l’adrénaline et voulant rendre fier son père, pour au final regretter tout cela face à la réalité des situations.

Ce n’est pas le seul texte engagé, je pense au très beau Mama Rita aussi.
J’ai toujours aimé écrire pour les hommes de l’ombre, pour les oubliés. Jamais, pour autant, je me dis je vais écrire pour ça ou ça. Je pars d’une phrase, et je me laisse faire. Je ne m’interdis rien. Mais naturellement, quand je me mets à écrire je prends la place des oubliés de la société. Pour Mama Rita, je souhaitais mettre les conditions des femmes au premier plan. Elle est dans une situation où elle veut s’échapper. Et je pense que les Hommes veulent s’échapper de certaines contraintes. Je pense que notre milieu social possède trop de modèles de vie imposés, de cases, on devrait plus écouter les autres. On devrait plus aller vers le rêve tout simplement.

Aujourd’hui, les gens ne se parlent plus, ne s’ouvrent plus, se renferment. Comment vis-tu cela ?
Je le vois toujours avec optimisme. Je ne fais plus attention à tout cela. Je pense que malheureusement je me suis habitué à voir les gens se renfermer petit à petit. Mine de rien, les gens arrivent à se retrouver tous ensemble quand il le faut. J’ai vu l’unité après les attentats qui ont touché la France, je vois la révolte, je vois le soutien, je vois les rassemblements pour Théo ou Adama.

Parlons aussi de ton attachement à la littérature, aussi bien dans ta plume, dans tes références. Comment la littérature joue-t ‘elle un rôle dans ta vie ?
C’est venu d’abord par une envie de me cultiver autrement. J’ai d’abord commencé par des philosophes comme Socrate et Platon ainsi de suite. Puis un jour, j’ai parlé avec une de mes connaissances de Romain Gary, et il m’a conseillé La Vie devant soi. Ce fut une claque. J’aime l’idée de voyager dans des pays, des quartiers et des époques différents. Et puis un livre, c’est toujours là avec toi. Jamais je ne quitte un lieu sans en avoir un avec moi.

Quelques mots aussi sur une reprise de « L’Espoir Meurt en dernier » avec Waxx pour Youtube.
La rencontre avec Waxx fut assez marrante. Un jour, il a pris la voiture de son frère pour un déplacement. Dans la caisse, il y avait mon premier album Bleu/Noir. Il a beaucoup aimé, et m’a fait part de son enthousiasme avec un message internet directement. Puis il y a eu une connexion entre nous pour faire ce son ensemble.

Pour finir, quels sont les projets dans les prochains mois ?
Il y a une quarantaine de dates de concert pour le printemps puis ce sera le tour des festivals cet été. La tournée continue, mais aussi l’écriture. Je n’arrête jamais d’écrire. Jamais.